Releve de solo, trompette sax.
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Pendant la première Exposition universelle à Londres„j'ai eu l'occasion de visiter les ateliers de MM. John Broadwood et fils, et je les ai trouvés aussi vastes que bien ordonnés. Sous la conduite du chef de cette importante maison qui fait tant d'honneur à l'Angleterre industrielle et artistique, je me suis donné le plaisir de suivre en quelques moments toutes les phases de la fabrication d'un piano. Le tableau s'est déroulé à mes yeux comme une lanterne magique, en commençant par les ateliers où se confectionnent les caisses pour passer dans ceux des tableurs et finir à ceux où travaillaient les monteurs de cordes, les finisseurs, les égaliseurs et les accordeurs. Quelle activité et quel outillage! Et pourtant on m'assure, — et je le crois, après avoir décrit les ateliers de MM. Steinway, de New-York, et visité la fabrique à Saint-Denis de la maison Pleyel, Wolff et C'e, — quo de très-grandes améliorations ont été i ntroduil es depuis cette époque récente dans Part de l'invention et de l'appropriation des outils. Mais en vérité , telle que je l'ai vire, c'était une bien belle organisation du travail que la fabrique de M. Broadwood.
Le nom ale Broadwood est inséparable de l'histoire du piano, et nous le voyons apparaitre sans cesse parmi les habiles chercheurs qui out fait la fortune de cet instrument en le perfectionnant. Cette maison, éminemment honorable, est dirigée aujourd'hui par le troisième génération des Broadwood, originaires d'Écosse. Depuis plus de quatre-vingts ans elle jouit d'une réputation universelle. Il n'est pas, j'en ferais Io pari, un seul petit point du globe quelque peu civilisé, où ces facteurs n'aient expédié de leurs instruments.
J'ai sous les yeux im document curieux et inédit : c'est le chiffre des ventes de MM. Broadwood, depuis l'année 1780 jusqu'au 30 septembre 1867 inclusivement. Ce chiffre est assez rond : 135,344 pianos dont 30,481 à queue. Qu'en dites-vous? Ce total prodigieux, et dont nous garantissons la parfaite exactitude, se décompose de la manière suivante :
De 1780 à 1825 48,378 pianos.
De 1826 à 1867. . 86,966
135,344 instruments.
Les ventes depuis le octobre '1867 (commencement de l'année
42
65 LÀ MUSIQUE, LES MUSICIENS
commerciale de cette maison), jusqu'au 11 juillet 1868, se montent à 1,570 pianos, dont 471 à queue.
Voilà un résultat qui prouve au moins trois choses : que les pianos des facteurs anglais sont bons, qu'ils sont solides, et que ceux qui les vendent sont d'habiles commerçants. Ils sont en effet excellents, les pianos de M. Broadwood, — ses pianos à queue, surtout, — d'une sono- rité égale, distinguée, pleine et suffisamment puissante, et faciles à jouer. Quant à leur solidité, l'épreuve est faite depuis longtemps. Ces habiles facteurs ont compris tout ce qu'on pouvait attendre de favorable du cadre en fer pour les pianos à queue, et leurs premiers pianos fabriqués d'après ce système, date de 1847. Ce cadre subit quelques modifications en 1861 et fut complété par l'application des chevilles à pas de vis, vissées dans le fer et dans le bois. Aujourd'hui ce cadre en fer est la hase de la construction des pianos Broadwoml.
Après cette grande maison, la fabrique de pianos la plus ancienne et aussi celle qui fait le plus d'affaires, est, je crois, la fabrique de MM. Kirkmann et fils. J'ai essayé à l'Exposition un piano à queue de ces facteurs qui m'a paru parfait. Sans atteindre à une très–grande puissance de son, il en avait pourtant, et beaucoup, et bien réglé. d'excellente nature, brillant dans le haut, chantant dans le médium, plein dans les basses. Sans compter un clavier léger, facile, appétissant aux doigts.
Le piano à queue, petit format, de M. Brinsmcad (sillet en bronze dans les basses, agrafes en cuivre dans les dessus, cordes à cheval sur la pointe d'accroche, pour parler la langue du métier), ce piano mérite les mêmes éloges.
Si je ne me trompe, c'est en Angleterre que fut construit le premier piano à cordes obliques, clans la forme des pianinos. Il est dé à Wilkinson et porte la date de 1809. Un autre Anglais, Worn uni, a fabriqué des instruments analogues un peu plus tard. D'oà vient donc que les pianos droits anglais soient, restés, relativement à ceux de la France, si inférieurs ?
Tous ceux que j'ai vus et essayés à l'Exposition ne sortaient pas de la médiocrité, et quelques-uns même étaient franchement détestables. Passons sur les pianos de MM. Allison et fils, sur ceux de M. Warnum, sur le piano à cordes verticales de M. Lukin (système médiocrement satisfaisant de vis en fer pour accorder), et arrivons eux harmoniums de cette nation.
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 683
Nous n'étonnerons personne en disant que les meilleurs harmoniums, en Angleterre, sont les harmoniums que la maison française Alexandre, père et fils, y importe depuis nombre d'années déjà, et en quantité considérable. Toutefois quelques fabricants d'harmoniums anglais se sont distingués à l'Exposition par des instruments bien faits, d'une sonorité agréable variée : nous avons nommé MM. Dawes, Ramsden et Kelli, de Londres.
Je ne signalerai que comme une idée plus bizarre qu'utile l'harmonium à progression chromatique de M"" Read. Il se compose de quatre claviers en vue de la transposition.
Arrêtons-nous un instant devant les concortinas de M. Lachenal, le seul fabricant anglais qui nous ait envoyé des échantillons de ce dérivé de l'accordéon si aimé des Anglais. Le concertina est un instrument de forme octogone et à soufflets, qui se joue avec les deux mains, comme l'accordéon. Les deux extrémités sont garnies de pistons, ou plutôt de boutons qui ont pour effet de faire basculer les soupapes à !'intérieur pour le débouché des jeux. L'exécutant appuie ses doigts sur les boutons, suivant qu'il désire varier ses effets. Quant aux jeux, ils sont disposés en forme d'éventail dans de petites cases sonores, et la soufflerie est placée dans le milieu des planchettes. J'ai eu quelquefois l'occasion d'entendre jouer du concertina à Londres, et j'avoue que de tous les petits instruments de ce genre, c'est celui qui m'a fait le plus de plaisir. On a essayé de naturaliser le concertina en France, mais on n'y a pas réussi. Cet instrument, né anglais, pour des oreilles anglaises. est resté anglais. Ajoutons qu'il n'est point aisé du tout d'en bien jouer. Les grandes orgues anglaises, aussi bien que les grandes orgues allemandes, n'étant guère destinées qu'à l'accompagnement des voix, sont beaucoup moins rietes que les nôtres en effets ^,ariés. Les jeux d'anches ne s'y trouvent qu'en petit nombre, et généralement n'offrent rien de remarquable. En revanel. les fonds sont très-soignés et générale-. ment fort beaux. Rien de I lus majestueux, de plus imposant que les chorals nombreux chanté en Angleterre avec accompagnement d'orgue.
Cette nation n'a envoyé à l'Exposition de 1867 que deux orgues de chapelle. L'un de ces instruments, sorti des ateliers de MM. Bevington et fils, de Londres, n'avait que six jeux. L'autre, quoique plus grand, de MM. Bryceson et fils (de Londres aussi), n'a pas paru au jurey aussi bon que celui de MM. Bevington.
ed- LÀ MUSIQUE, LES MUSICIENS
Deux vitrines amplement fourniesd'instruments à vent et à embouchures nous ont fait connaltre les progrès accomplis par ce pays clans cette partie de l'industrie musicale.
Deux noms sont. en présence, deux vaillants concurrents, deux têtes qui ne sauraient se regarder l'un l'autre sans loucher, quelque chose comme le César et le Pompée de la facture du cuivre. Mais ces deux grands capitaines du piston et de la coulisse britanniques ne se sont pas encore rencontrés sur les plaines de Pharsale, et leur gloire continue d'être partagée. Ce sont MM. Besson — César, et Distin—Pompée.
Pour bien comprendre les instruments de cuivre, tels qu'ils sont aujourd'hui, il faut un peu savoir ce qu'ils étaient autrefois. Primitivement, ils étaient tous formés d'un tube cylindrique ou conique, terminés par un pavillon et munis à leur partie antérieure d'une embouchure. Cela donnait un résultat aussi simple que peu varié. Pour remplir les vides que laissaient ces instruments dans une étendue d'un peu plus de trois octaves, on perça des trous clans les parois du tube ; cette perce calculée pour la commodité des doigts de le main et nullement d'après les lois de l'acoustique, naquit le serpen monstre odieux qui d'abord, je ne sais sous quelle forme, tenta autre première mère et qui, devenu instrument de musique, écorcha si souvent nos oreilles dans le lutrin l'heure des vêpres quand nous étions au collége et qu'on ne nous consultait pas sur l'emploi de nos après-midi, le dimanche. Le serpent de cathédrale laissant beaucoup à désirer, on inventa les corps de rechange dont l'effet fut de raccourcir ou d'allonger l'instrument de manière à fournir de nouvelles fondamentales, par conséquent de nouvelles séries d'harmoniques. Puis on enfonça le poing dans le pavillon du cor et on en obtint. quelques notes de plus, mais bouchées, c'est-à- dire hétérogènes. Les instruments à tubes cylindriques furent bientôt munis des coulisses mobiles, et on eut le trombone et la trompette à pistons, Je ne sais qui plus tard eut l'ingénieuse à la fois et funeste idée des clefs; ce que je puis dire, c'est que devant un concert de bugles à clefs, d'ophieléïdes et de trompettes à clefs, un dilettanti eùtdemandé dix ans de réclusion comme commutation de peine. J'ai pourtant connu un amateur qui, jouissant d'une forture indépendante, employait ses loisirs à jouer de la trompette à clefs. On e donc pu jouer de cet instrument fierribleinent faux sans y être contraint par la nécessité.
C'est, paratt-il ; un corniste de Breslau, nommé Stoelzel,-qui le pre-
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 635
'nier, en !SU, eut l'idée d'appliquer au cor le mécanisme qui, d'abord appelé ventille , prit ensuite le nom de piston et de cylindre. C'était une belle conquête, mais plutôt alors -théorique que réellement pratique. Dans la pratique, en effet, les pistons primitifs dénaturaient la qualité du son de l'instrument et offraient peu de justesse. Depuis, et grime surtout aux travaux constants et si intelligents d'Adolphe Sax, les instruments à pistons se perfectionnèrent. Nous verrons plus loin qu'ils ont atteint la perfection absolue par le système des six pistons, système qui restitue le timbre si riche , si pur du tuba simple , par l'emploi même de plusieurs tubes additionnels, tout en les dotant des ressources les plus complètes quant à l'étendue de l'échelle chromatique, à la facilité d'exécution et à la justesse, — justesse inconnue jusqu'alors, j ustesse inespérée , mathématique.
Mais avant cette admirable invention qui parait clore la série des reeherches, d'habiles facteurs au nombre desquels se placent M. Besson, — Français depuis peu établi a Londres — et M. Distin, ont souvent travaillé avec bonheur eu perfectionnement des cuivres. Quelle est au juste la part de ces deux fabricants dans les progrès accomplis en Angleterre ? Je n'eu sais rien , et par prudence je ne veux point le savoir. Laconie, plus jeune que moi, — il ne m'en voudra pas de cet aveu dénué d'artifice, —a voulu pénétrer les mystères du cuivre anglais, et mal lui en a pris. a Je trouve, écrit—il dans la France chorale, chez M. Distin des améliorations qui me paraissent sérieuses. Je ne les connaissais pas, et Pen m'assure qu'elles sont toutes récen tes et du fait de M. Distin. Je n'ai aucune raison pour en clouter. Il paraîtrait, d'après les renseignements communiqués à M. Vaudin , que AL Distin s'est trompé, et que Mme Besson a droit à tous les éloges que j'ai donnés à son rival. C'est bien possible encore. Je ne suis pas chargé d'instruire et do juger en dernier ressort l'affaire Distin-Besson. Si M. Distin a pris la maison de son voisin pour la sienne, que le voisin appelle la garde et qu'ils s'arrangent.
Nous partageons cet avis, et voilà bien pourquoi, sagement, nous nous bornerons à constater qu'il y avait dans la vitrine de ces deux antagonistes bon nombre d'instruments excellents, parfaits même pour ceux qui ne connaissent ou ne veulent pas connaître le système des six pistons : — chez M. Besson, des cors qui ont fait l'admiration du jury ; — chez M. Distin, des saxhorns d'un fini qui ne laisse rien à désirer, des pistons perfectionnés, etc.
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Nous avons vu, en parlant du commerce de musique chez les différents peuplesdu monde, ce que sont les éditions anglaises. Nous savons aussi l'étonnante similitude qui existe entre le sy.Aème de Borchitski et celui de M. Danel. Nousavons analysé cedernier, c'était aussi analyser l'autre. Enfin nous avons dit un mot sur l'école Tonie sol fa, en rendant compte, du Concours international des Sociétés orphéoniques. J'aime les réformateurs parce que c'est d'eux, des ends de leur intelligence primesautière que nous vient le progrès ; mais en même temps je me méfie de leur trop grande imagination. Il faut bien convenir une fois de plus qu'en ce qui concerne l'introduction d'une nouvelle notation musicale, ils ont tous, jusqu'à présent, justifié cette méfiance. J'ai peur qu'il en soit ainsi bien longtemps encore.
RÉCOMPENSES,
Médaille d'or, JOHN BROADWOOD et fils, Londres. Pianos.
Médaille d'argent. JOSEPH KLRKMAN et fils, Londres. Pianos. Médaille d'argent. BEV1NGTON et fils , Londres. Orgues.
Médaille d'argent. HENRI DISTIN, Londres. Instruments à vent (cuivre). Médaille d'argent. F. BESSON , Londres et Paris. Instruments à vent (cuivre).
Médaille d'argent. J. HULLAH, Londres. Ouvrages do musique. Médaille de bronze. JOHN BRINSMEAD , Londres. Pianos.
Médaille de bronze. R. ALLISON et fils, Londres. Pianos.
Médaille de bronze. BRYCESON frères et CIs, Londres. Orgues. Médaille de bronze. DAWES, Londres. Harmoniums.
Mention honorable. Ca. KELLY, Londres. Harmoniums.
Mention honorable. L. LACHENAL , Londres. Instruments mécaniques.
ÉTATS PONTIFICAUX.
Je trouve qu'on ne cultive pas assez la musique depuis quelque temps à Rome, et qu'on y cultive trop le fusil à aiguille, le canon rayé et même la guillotine. Évidemment si Jésus-Christ revenait sur la terre, il serait au moins en délicatesse avec la cour du Saint-Père, lui qui ne voulut pas être secouru par l'épée de Pierre et ordonna à ses disciples frappés sur une joue de tendre aussi l'autre. On fonde une religion avec de semblables préceptes ; mais on établit sa puissance temporelle avec des moyens radicalement contraires. Les représentants de l'HommeDieu avaient à choisir entre l'humilité et la miséricorde prêchée par lui,
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 6ti7
ou la puissance royale avec les rigueurs qui seules peuvent la maintenir : ils ont mieux aimé la puissance royale. Que Dieu leur fasse miséricorde à eux qui, pour conserver leur royaume d'ici-bas, guillotinent des condamnés politiques, entretiennent des armées, passent des revues et nous prêchent chaque jour le dédain des richesses, des titres, des gran' leurs et de toutes les vanités de ce monde auxquelles ils Mont aucune envie de renoncer eux—mêmes, tant s'en faut.
J'ai cependant vu à l'Exposition une très-jolie mandoline en ébène de Pétroni , et un violon du même facteur inscrusté d'étoiles de nacre et d'une forme charmante.
RÉCOMPENSE.
Mention honorable. ANTONIO PETRONI, Rome. Instruments à cordes.
ROYAUME D'ITALIE.
Ici la musique est plus cultivée que dans les États Pontificaux, et la guillotine y est plus négligée. Bien loin de couper la tête aux condamnés politiques, la parlement vote une pension aux veuves et aux fils de ceux qu'on guillotine dans les États du Saint-Père. De quel côté se trouve le véritable esprit évangélique? Mais parlons musique.
Rien de bien remarquable dans les.pianos à queue de M. Peter, , de Naples, et dans celui de M. Maltevello, de Vicence. Je préfère les pianos demi—obliques de MM. Marehisio frères, de Turin. La sonorité est égale et distinguée, le clavier facile, les caisses, en chêne sculpté, accusent la patrie des arts plastiques.
Mais le piano italien sur lequel s'est porté l'attention du public et de la critique est le mélopian o, ou piano à sons prolongés, envoyé de Turin par MM. Caldera et Monti quelques jours seulement avant la fermeture de l'Exposition. 3e dirai plus loin, en traçant rapidement l'historique du piano, mon opinion sur la nature du son du piano en général, et il en ressortira l'inutilité de chercher un mécanisme pour la prolongation de ses sons. Néanmoins, et en tant qu'instrument d'exception, le mélo- piano mérite les éloges dont il a été l'objet , plus encore certainement en raison de son ingénieuse mécanique et du fini de son exécution, que par ses résultats musicaux. Le mécanisme de MM. Caldera et Monti consiste en un second jeu de petits marteaux qui se trouvent placés entre la table d'harmonie et les cordes. Un mécanisme comportant un
658 LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
mouvement de pendule fait marcher un petit cylindre auquel sont attachés COB petits marteaux, qui n'obéissent que lorsque l'exécutant a le doigt sur la touche. C'est par la marche d'une pédale que l'on obtient ce prolongement qui résonne , pour toute oreille délicate , comme un trémolo extrêmement rapide. C'est agréable un moment, mais bientôt fatigant et d'une sonorité factice. Le piano français de M. Guidon , que nous mentionnons plus loin , donne à peu près le même résultat. L'Italie est loin encore de rivaliser avec la France et quelques autres nations pour la fabrication des instruments à souffle. Ce ne sont pourtant pas les facteurs qui manquent dans cette patrie du Set canto. C'est M. Vinatieri, de Turin, qui confectionne des clarinettes ; M. Ponti, de Milan, qui nous offre des clarinettes aussi avec des flûtes ; M. Riva , à Ferrare, qui ajoute à ces instruments des hautbois de buis ; MM. Santucei (Vérone) et Faccini (Forli) qui fabriquent des instruments de cuivre , après M. Pelitti, primas inter pares. Toutefois les efforts de ce dernier facteur pour améliorer les instruments de cuivre, qui ont eu si longtemps besoin d'être améliorés, nous ont apparu dans des modifications dont l'effet est contestable le plus souvent. Une sorte d'invention de M. Pelitti a été, de la part de notre ami Lacome, l'objet d'un compliment motivé. C'est une disposition nouvelle du cylindre clans les instruments en cuivre, tellement nouvelle, , qu'elle n'est pas encore appliquée. On montre aux curieux un spécimen de ce cylindre, et voilà tout. Au lieu d'être mis en jeu par une petite bascule sur laquelle on presse avec le doigt comme dans les cornets à cylindre ordinaires, le nouveau système présente toutes les allures d'un piston très-court, et est mis en jeu par une tige très-légère, parfaitement identique à celle du piston commun. De là le nom particulier de l'engin, ceindra a rotazion à Stantutro , ce qui veut dire cylindre à rotation et à piston. Le mérite de l'invention consiste donc pour le moment dans la combinaison des avantages du cylindre avec ceux du piston. La tige du piston qui s'abaisse sous la pression du doigt , au lieu de faire descendre le corps du piston, le fait pirouetter sur lui même. Nous verrons à l'application ce que peut valoir cette invention, si invention il y a.
M. Pelitti a l'amour de l'uniforme. Ce n'est pas assez pour lui que les hommes en portent un dans l'armée, suivant le corps auquel ils on l'honneur d'appartenir ; il veut aussi pour les instruments un uniforme. Suivant que vous ferez partie de la marine; de l'infanterie de terre, de la cavalerie ou que vous serez bersaglieri, vous marcherez au son d'ins— .
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 659
truments allongés ou raccourcis. Eh quoi! n'existe-t-il pas assez de règlements en Italie comme en France, et faut-il donc entraver jusqu'à la liberté des trompettes et des trombones?
Qui pourrait dire, à voir les violons, les altos et les basses qu'on fabrique aujourd'hui dans toute l'Italie , et, qui ne s'élèvent point au-dessous du médiocre, que ce fut le pays où brillèrent au xvuo et au xvmo siècles les Amati, les Stradivarius, les Guarnerius, les Magini et plus tard quelques autres luthiers encore du plus rare mérite, tels que Gobettus , Galien us, G uadagnini , Homobonus et Franciscus Stradivarius (sut disciplina et Stradivarii), Bergonzi , etc. Il est impossible, après les expériences faites par le savant M. Savart et le très-habile luthier M. Vuillaume , d'admettre que les grands luthiers italiens, notamment Stradivarius, aient procédé d'une taupière empirique, et qu'ils n'aient dû qu'au hasard ou à leur seule habileté de main les modèles parfaits, constants, réguliers, nombreux qui font encore aujourd'hui la si grande admiration des connaisseurs. Certainement ils avaient découvert des lois auxquelles ils durent de procéder en toute certitude. Que sont devenues ces lois, et comment l'art de la lutherie, après être arrivé d'emblée au dernier degré de la perfection possible, est-il tombé en si triste décadence ? Dès le milieu du quinzième, écrit M. Fétis dans une brochure sur la lutherie , cet art y était déjà cultivé avec succès. D'où est-il venu? Par quelles causes de progrès s'est-il développé jusqu'à ce qu'il eût atteint ses dernières limites entre les mains d'Antoine Stradivarius et de Joseph Guarnerius, surnommé del Jean? Pourquoi s'e,st•il amoindri chez ses successeurs ? »Le savant musicographe répond on ne peutmieux à toutes ces questions , excepté à la dernière dont il ne dit pas un mot.
Quoi qu'il en soit des causes de cette décadence, en Italie surtout , elle n'est aujourd'hui malheureusement que trop évidente. Les deux violons et le violoncelle de Guadagnini , descendant du Guadagnini (1690 à 1720) sont certainement d'un joli dessin, très-soignés et d'un bois de belle qualité ; mais la sonorité de ces instruments ne répond pas à leur forme, et, en somme, on ue saurait les classer au-dessus d'une estimable médiocrité. Un autre descendant de luthier célèbre , Galiaui, moins heureux encore, n'a exposé que des violons à peine passables. Et Cerutti, de Crémone, glorieuse patrie de la lutherie puisqu'elle a vu
nalti qu'elie a conservé jusqu'à sa mort arrivée à quatre vingt-treize
ans, Antoine Stradivarius, Cerutti qu'a-t-il produit ? « Il u'a pu présenter à l'Exposition , dit le rapporteur de la classe 10, que deuX,Violons
660 LÀ MUSIQUE, LES MUSICIENS
d'une facture maigre,. efflanquée, mal vernis, et d'une sonorité dépourvue d'ampleur et d'éclat. » Belle Italie, berceau des arts , des sciences , dela philosophie, orgueil de l'humanité, vous ne sauriez rester long. temps au-dessous de vous-même, surtout en ce qui touche à la musique, et après une défaillance dont il ne serait peut-être pas impossible de découvrir les causes, vous reprendrez le terrain perdu as soleil de votre génie assoupi, mais toujours vivant, et dont le réveil est proche, nous l'espérons. Vainement j'ai cherché l'occasion d'examiner quelques méthodes d'enseignement musical envoyées d'Italie. J'ai frappé aux portes de MM. Vezonni (méthode pour enseigner la lecture de la musique) et Aloysio (systèmes musicaux) et, contrairement à cc qu'affirment ies saintes Écritures, on ne m'a point ouvert. Le rapporteur de la classe 89 se tait lui-même sur ces méthodes, mais il cite lit méthode de chant de M. Rossi comme remarquable par le soin avec lequel l'auteur a développé les procédés (l'enseignement reconnus comme les meilleurs. « Il n'y a pas de nouveautés à signaler clans cet ouvrage , mais une appropriation intelligente des progrès déjà réalisés et un ensemble logique de démonstrations et d'exemples. »
Si les harmoniums ne présentent rien de remarquable dans le royaume d'Italie, en revanche on y fabrique des timbales de premier ordre.0r, de tous les instruments de percussion, la timbale est de beaucbup le plus important. C'est à M. Galeotti, de Crémone, qur revient l'honneur de cette fabrication. Ses instruments s'accordent avec une rare précision et résonnent nettement à l'oreille.
Les cordes de boyaux dont sont montés les violons, les altos, les violoncelles et les contre-basses sont un objet des plus importants. Le meilleur virtuose reste désarmé devant une corde fausse naturellement ou qui siffle. Pendant longtemps les cordes de Naples ont eu la supériorité sur toutes les autres cordes d'Italie. Cette supériorité a été attribuée aux eaux vives,presque glaciales, dans lesquelles on fait, dans cette ville, macérer les hoyaux pour les dépouiller de leurs parties grasses. Quoiqu'il en soit, Naples aujourd'hui trouve de redoutables concurrents un peu partout. Il n'est pas sans intérêt de reproduire ici le tableau qu'a fourni au jury de l'Exposition les expériences comparatives de résistance données par les cordes harmoniques (chanterelles) de six fabricants, dont cinq Italiens et un inconnu.
Trois cordes à quatre fils de chaque fabricant ont été soumises
à
Le fabricant inconnu dont les cordes, nous apprend le rapporteur, ont été trouvées à l'Exposition sans aucune indication, est arrivé à des résultats supérieurs à tous les autres et même tout à fait extraordinaires:
1„, chanterelle kil. 15
— — 15 1/2
— — — 17 1/2.
Plus loin , quand nor:s serons en France, nous verrons ce que sont nos cordes de boyaux par rapport à celles de l'Italie.
RÉCOMPENSES.
Médaille de bronze. Médaille de bronze. Mention honorable. Mention honorable. Mention honorable. Mention honorable. GUARAGEINI , Turin. Instruments à archet. PELITTI , Milan. Instruments à vent (cuivre).
J. GALsom Crémone. Instruments à percussion. GiusEppE, Mou. , Turin. Harmoniums.
FACCINI FORLI , Instruments à vent.
J. PELITTI, Milan. Instruments à vent (bois).
662 LA MUSIQUE, LES- MUSICIENS
SUISSE.
Cassettes à musique, boites à musique, tabatières à musique, montres à musique, pendules à musique, joujoux à musique, pièces mécaniques à musique, carillons à musique, fauteuils à musique, voilà la Suisse musicale tout entière.
J'ai parlé de fauteuils à musique ; ce n'est point une invention qui vienne de moi. Elle existe, j'en ai vu l'annonce dans les journaux, et elfe a grande chance de réussite partout. C'est si commode et si agréable On s'asseoi t sur la cavatine du Barbier, un s'étend sur le septuor de Lucie, on se repose sur le trio de Guillaume Tell, et l'on écoute sans la moindre fatigue la mélodie qu'on doit à la pesanteur spécifique de ses chairs.
— Que Madame X... m'a fait plaisir l'autre soir avec l'air de Grâce.
— Elle chante donc, NP' ?
— Non.
— Elle joue du piano sans doute?
— Pas davantage.
— De la harpe, en ce cas ?
— Encore moins.
— Du violon , alors, du violoncelle, de la guitare ou de la contrebasse ?
— Rien de tout cela, elle s'asseoit ; mais quel coup... d'archet!
On m'a rapporté le dialogue suivant entre un jeune poète, blond , rêveur et sentimental , qui cherche le bonheur dans les nuées, et une brune mûre de l'école réaliste qui le veut sur la terre.
— Madame, encore une de ces ravissantes mélodies qui semblent un soupir de votre âme attendrie.
— Voulez-vous que je m'essemie sur la Favorite?
— Votre fauteuil harmonieux , Madame, n'a-t-il rien de Pergolèse?
— Tous les airs que je puis vous offrir sont postérieurs à ce compositeur.
L'art très en progrès de la tonotechnie , c'est-à-dire l'art de noter des cylindres, occupe à Sainte-Croix et à Genèse un nombre considérable d'ouvriers. J'ai entendu des boites à musique notées avec une rare perfection, et qui étaient, ma foi, très-agréables à entendre. Mais il ne faudrait pas en faire abus, et je n'ai pu m'empêcher de trouver bizarre jusqu'au ridicule l'application de la tonoteehnie à des meubles tels que fauteuils, tabourets, lits, etc. Faut de la musique, pas trop n'en faut.
Avec la meilleure volonté du monde je n'ai rien vu à signaler chez les
ET LES INSTRUMENTS. Dg 'MUSIQUE. 663
fabricants suisses d'instruments, en dehors des boites à musique et des orgues de barbarie. Sans doute les pianos de MM. Fluai et. Hubert (de Zurich) sont d'estimables instruments; mais ils n'offrent rien qui soit de nature à les faire remarquer dans une Exposition telle que celle de 1867.
N'oublions pas le piano électrique de M. Hipp, directeur de la fabrique de télégraphes à Neufchâtel. Au premier moment, on peut croire qu'il se trouve partout assez de moteurs en chair et en os pour mettre l'ivoire et les marteaux en mouvement ; M. Hipp ne pense pas ainsi, et en collaboration avec M. Andréa, secrétaire d'administration à Sindelfiger, il vient d'ajouter l'électricité à tant de pianistes plus ou moins électriques. Il sera beaucoup pardonné à eus messieurs parce qu'ils auront beaucoup cherché pour résoudre un problème extrêmement curieux et difficile, mais dont la pratique de l'art ne profitera sans doute jamais.
Il s'agissait de trouver un électro—aimant qui eût la propriété cou— traire des électro—aimants ordinaires, c'est-à-dire qui commençât son mouvement avec la plus grande somme de force pour le terminer an minimum de sa puissance. M. le directeur de la fabrique de télégraphes à Neufchâtel est parvenu à accomplir ce premier tour de force. L'élee. tao—aimant une fois trouvé, on l'a placé au—dessus du piano. De légères tiges de. bois mettent en rapport direct l'ancre avec le mécanisme des marteaux, en sorte que pendant le jeu la touche du piano électrique reste immobile. Cet. appareil s'applique à tous les pianos indistinctement, sans qu'il soit nécessaire de faire entrer la moindre vis ou la moindre pointe dans une partie quelconque de l'instrument. Je passe sur les détails de cet appareil, pour dire que la force du choc obtenu par l'électro-aimant est imperceptible à l'oreille. L'im pu !sien, dépendant du courant électrique, peut, du reste, varier autant que ce dernier, c'est-à=dire parcourir les limites extrêmes comprises entre le fortissino musical et le pianisshno. Quant au mode de reproduction des notes, quant à la machine à jouer, j'ai eu directement de l'inventeur une notice manuscrite qu'il me semble curieux de reproduire dans son entier. La voici rc Une large bande de papier est percée, comme aux télégraphes de Wheatstone , clans le sens de la longueur pour le choc et le durée. dans celui de la largeur pour la hauteur et la profondeur ries sons. En outre, lu bande de papier a un compartiment spécial pour la force du courant, soit pour celle du son.
s Sur une couche métallique ou sur un cylindre, il y a autant de
set LA. MUSIQUE, LES MUSICIENS
lamelles ou de petits ressorts que le piano a de notes. Si on nient maintenant la bande de papier entre le cylindre et les petits ressorts, ceux-ci ferment la batterie chaque fois qu'ils tombent sur un trou du papier et communiquent en conséquenceavec le cylindre métallique, en produisant leur son respectif, parce que chacun de ces petits ressorts communique par un fil à un électro-aimant. La durée du son est relative à la longueur du trou, la mesure à la rapidité avec laquelle la bande de papier se meut.
« Comme il est dit déjà, il y a sur le côté de la bande de papier des ressorts analogues pour le « forte D et le « piano », lesquels par l'intercalation d'obstacles modèrent la force du courant, et, partant, celle du son. L'expérience démontrera si douze gradations, ainsi que je les ai adaptées au premier piano, suffisent.
« Si on se demande où gît te que dans la musique on nomme la vie, l'âme, l'excitant, l'entraînant et le passionnant, je répondrai que c'est dans la technique, à moins que ce ne soit clans la personne même de l'artiste, qui dans un cas donné exerce une influence sur l'auditoire. Mais la musique par elle-même, en tant qu'elle est instrumentale, est d'origine mécanique et doit pouvoir être rendue mécaniquement avec toute sa vie, tout son charme, tout son essor.
« Si nous analysons l'effet de la musique sur le piano, nous ne la trouvons composée que de trois éléments la force du son, la hauteur du son, la suite (dynamique, mélodie, rhythme); tant que ces éléments pourront être rendus par la machine dans la même variété infinie comme par l'artiste lui—même, la machine produira nécessairement le même effet. Si l'artiste a pour lui l'inspiration momentanée, la machine a par contre l'avantage de reproduire exactement le même effet aussi souvent qu'on le désire. L'artiste n'y perdra rien, au contraire, on ne- lui prend que le travail profane. Ainsi que le peintre, n'a pas besoin de broyer ses couleurs lui—même, ni l'auteur d'imprimer lui—même son livre, ainsi les productions intellectuelles de l'artiste pourront être goûtées et admirées par ceux auxquels il ne pourra se présenter personnellement.
« L'écriture des notes, eu ce qui concerne la force des sons et la suite, deviendra naturellement une toute autre tâche ; au lieu de ne marquer, comme jusqu'ici, que trois ou quatre nuances de son, il en faudra admettre de dix-huit à vingt et en marquer presque chaque note ; e accelerato u et « riteratto » se retrouveront beaucoup plus sou-
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vent et en gradations à peine perceptibles, qui ne pourront pas âtre remarquées d'une manière directe par l'auditeur, ee qui sera pour le compositeur un travail peut-âtre plus difficile mais d'autant plus rémunérateur.
« La tâche de conserver l'esprit de la musique serait certainement do beaucoup allégée à l'artiste par un piano qui rendrait d'une manière autographique ses créations suivant leur force de son, leur élévation de son et leur suite, problème qui serait de beaucoup plus facile à résoudre que celui du piano jouant lui-même. »
Tout ceci porte l'empreinte sympathique de la naïveté et de l'illusion. Jamais une machine ne rendra l'inspiration spontanée de Pexéculant. Mais s'il en était autrement, quel miracle I Thalberg, de son habitation du Pausilippe, donnant, par annotation, et en robe de chambre, des concerts à des dilettanti réunis aux cinq parties du monde entre le déjeuner et le dîner I
RÉCOMPENSES.
Médaille d'argent. SEPPECUER et Cie, Zurich. Pianos.
Médaille d'argent. Hum et Iluncirr, Zurich. Pianos.
Médaille de bronze. Ducomen;N-Ginon, Genève. Boites à musique. Médaille de bronze. TH. GREINER, Genève. Boites à musique.
Médaille de bronze. LECONTRE-SUBLET, Sainte-Croix. Boites à musique. Médaille de bronze. PAILLARD—VAUCHER et fils, Sainte-Croix. Boites à
musique.
Médaille de bronze. L.-P. JACCARD, Sainte-Croix. Boites à musigne.
FRANCE.
Les aïeuls du piano.
De tous les membres de l'harmonieux empire des instruments de musique, les pianos tiennent aujourd'hui le premier rang, autant par les ressources qu'ils offrent aux musiciens en permettant une réduction satisfaisante de l'orchestre, que par la nature de leurs sons défectueux au point de vue de la prolongation, froids quoique nobles , brillants, rapides et toujours bien remplis.
Je m'explique, car ici les termes semblent contredire la pensée. Dans mon opinion, c'est grâce à ses défauts même de sonorité relevés
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parles avantages que nous venons d'énumérer, que le piano doit surtout son immense popularité.
De toutes les voix instrumentales , celle du piano , par cela même qu'elle est la plus monotone, la moins expressive, la plus courte, est aussi la moins énervante et la plus propre à l'interprétation de la musique. Tous les instruments à sons prolongés et expressifs vivent par le charme de leurs accents, bien plus que par le mérite des oeuvres dont ils sont les interprètes égoïstes, les modifiant à leur nature, les appropriant à leur génie, sans grand souci du compositeur, n'ayant d'autre but que de plaire un moment par leurs seules ressources. Le piano, lui, n'a pas cette ambition : c'est un interprète, voilà tout. Mais que ce rôle, modeste en apparence, est précieux t Grâce à ses défauts, à ses vibrations sans prolongement indéfini , il indique les accents bien plutôt qu'il ne les rend, et s'adresse à l'âme par l'émotion de la pensée beaucoup plus qu'il l'oreille par la magie du timbre. L'oreille n'est ici qu'un véhicule de l'àme, et sur le piano on écoute les oeuvres des :mitres, les nerfs tranquilles, sans autres émotions que celles provoquées par le génie même du compositeur.
Aussi le piano a-t-il toujours été , clés son apparition, le confident, Parai des compositeurs, comme il restera leur plus discret et leur plus fidèle interprète.
Le violon est un orateur qui passionne par la richesse, la spontanéité, la variété, la profondeur de ses accents ; le piano est une imprimerie sonore dont le rôle doit se borner à retracer fidèlement à l'esprit et au coeur, par le moyen de l'oreille, la pensée musicale par laquelle seule il veut plaire ou émouvoir.
Quand le piano, sous les doigts d'un exécutant trop rempli de lui- môme, cherche à briller par les avantages de son mécanisme et s'écarte d'une juste interprétation , il peut étonner un moment, bien tôt il fatigue et l'on sent qu'il s'est fourvoyé.
Ou peut estimer à près de cent millions de francs le chiffre de la production des pianos en France seulement, et d'après un relevé que nous avons tout sujetde croire exact, il n'y aurait pas moins de 20,000 professeurs de pianos dans la seule ville de Paris.
Quel prodigieux épanouissement, surtout si l'on considère que, il y a juste un siècle aujourd'hui, le piano était pour ainsi dire inconnu t En effet, M. Fétis rapporte le texte d'une annonce extrêmement curieuse, faite à Londres en 1767 et conçue en ces termes :
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« Après le premier acte de la pièce, M"' Drichier chantera un air fa« vori de Judith accompagné par M. Dibdin, sur un instrument nouveau « appelé piano forte. »
Nous ne résistons pas, avant d'examiner les pianos français, à faire un retour dans le passé ponr rechercher les aïeux de ce grand parvenu appelé aujourd'hui à régner dans les concerts par des millions de suffrages universels. Pour nous guider dans cette promenade instrumentale, nous nous aiderons de différents écrits dont nous avons pu constater la valeur historique, notamment d'une curieuse et substantielle notice, publiée tout récemment en allemand, par M. Ludwig.- Gautier.
Les aïeux du piano, ce sont les instruments à cordes de l'antiquité : c'est la lyre, la cithare, le harbiton. On Germait la légende : le dieu égyptien Hermès, se promenant un beau jour sans penser à rien, heurta par hasard du pied une écaille de tortue abandonnée. Les dieux sont curieux presque autant que les simples mortels dont ils blâment pourtant la curiosité; il ramassa cette carapace desséchée qui avait rendu nu son agréable tu contact de son pied divin, et eut l'idée d'y tendre des nerfs d'animaux. Puis il en pinça et fut charmé. Après lui vinrent Orphée, Musée, Amphyon , qui firent merveille avec cet instrument
La cithare ne différait de la lyre que par le pied de métal sur lequel elle reposait, et qui en môme temps lui servait de table d'harmonie '. On la mettait sur cette base quand on voulait en jouer, et c'est ainsi qu'on peut regarder cet instrument comme le précurseur de notre harpe. Pour accompagner le chant, on employait surtout la lyre, plus rarement la cithare. On les faisait vibrer toutes deux au moyen des doigts , ou bien avec un petit instrument d'ivoire nommé plectre (plectrum) qu'on tenait de la main droite. Souvent aussi on jouait de la cithare des deux mains à la fois, si bien que les cordes étaient pincées
Selon saint Isidore, entre le psaltérion et la cithare, il y avait cette différence que dans le psaltérion, le bois creux ou cavité qui terme le corps sonore était à la partie supérieurs, tandis que c'était tout le contraire dans la cithare, dont la caisse de résonnance était placée en bas. Honorius d'Autun fait la même remarque, et l'on peut ajouter à ces témoignages celui de Gerson. Il a existé différents modèles de psaltérion. Les deux principaux étaient le psaltérion carré et le psaltérion triangulaire, n lGBORGES KAST/VER , hes Danses des morts, p. M.,
La cithare n'était qu'une v
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