trompette : leçons

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Comment en suis je arrivé là ?
Introduction par Robert Pichaureau (1978)
Des années de recherche solitaires m’ont conduit à analyser et à comprendre le travail inconscient de notre corps, lorsque nous faisons vibrer un instrument. Par la suite, des années d’enseignement m’ont permis de vérifier et d’appliquer les résultats de mes recherches.
Il a fallu beaucoup de patience pour arriver à situer la cause de nos problèmes : les élèves qui viennent me voir se heurtent à des problèmes apparemment insolubles, sinon ils ne viendraient pas et ils me demandent de les résoudre très vite. En fait, cela n’est pas si aisé. Je dois d’abord lutter contre de mauvaises habitudes, souvent prises dès le plus jeune âge, et qui se sont fixées dans le subconscient. Très souvent, l’élève - avec le concours de son professeur - à mis 5 ans à se "démolir". Une fois en rapport avec moi, il va se rendre compte qu’il joue "à l’envers". Il espère alors en 2 leçons que je vais le remettre d’aplomb. Naturellement c’est impossible en si peu de temps. Il faut d’abord faire disparaître les mauvaises habitudes.
Ce travail est ardu et ce déconditionnement prend plus de temps qu’il ne faut à un débutant "tout neuf" pour acquérir de bonnes habitudes. Pour cela il faut que l’élève sache vraiment ce qu’il doit faire avec son corps et c’est la raison pour laquelle j’ai décidé d’écrire ce résumé.
En lisant ces pages; l’élève se préparera plus facilement. Rien de tout cela ne viendra tout seul, il faut du courage, de la confiance et de la concentration, en plus d’une certaine compréhension.
Si vous voulez vous contenter de lire ces lignes d’une manière superficielle, n’insistez pas, cela ne servira à rien, continuez à jouer comme par le passé en attendant avec impatience l’âge de la retraite où vous pourrez raccrocher l’instrument ou alors décidez de changer radicalement, essayez de comprendre, mettez vous au travail et vous aurez une chance de vous rendre heureux de jouer pour le reste de votre vie.
"L’art de bien jouer de la trompette dépend d’une concentration intelligente de tous les instants." (Charles Colin)

Concentration sur quoi et comment ?
C’est ce que nous allons voir.
Pourquoi me suis-je penché sur ce problème alors que j’aurais pu me contenter d’être un instrumentiste sans chercher plus loin ? Mon plaisir dans l’art de bien jouer de la trompette etait assez limité... Il me manquait quelque chose et les conseils qu’on me donnait ne servaient guère. " Travaille, ça viendra ! Tu ne travailles pas assez, ça ne peut pas venir" Voilà ce qu’on ne cessa de me répéter. En fait, je travaillais, mais malheureusement je n’avais que l’envie de travailler et de progresser, donc il me manquait l’équilibre et le mode d’emploi, car l’envie ne suffit pas. Je ne pouvais jamais aller jusqu’au bout d’une étude - question de résistance - j’étais trop vite fatigué.
Ce qui me manquait était d’importance, c’est ce qu’aujourd’hui j’appelle la base : la racine du son ! Il a fallu que j’analyse les problèmes de la production du son pendant 10 ans, avant de parvenir à en découvrir le secret. J’avais été sur une mauvaise voie dès le début de mes études. J’écoutais ce que je jouais. Ce qui comptait pour moi - et pour mes professeurs - c’était ce qui sortait de l’instrument. Mon expérience m’a prouvé par la suite à quel point ceci est une erreur fondamentale. Quand ce qui sort de l’instrument est bon, nous sommes heureux, lorsque ce qui sort est mauvais, nous sommes malheureux, mais c’est quand même sorti. Dans un cas comme dans l’autre, cette manière d’apprécier le jeu n’est pas valable. Il faut concentrer son esprit sur des choses beaucoup plus concrètes : sur ce que j’appelle maintenant les "mouvements" (qui sont de l’ordre de déroulement du souffle, c’est à dire des processus du corps). C’est le seul procédé qui nous évite de rester tributaire de la chance ou du hasard et de souffrir de fatigue prématurée. En musique, on ne peut se contenter d’approximations, on ne peut gommer, corriger, compléter, ce qui est joué est joué. Afin d’atteindre à une grande sûreté on devra passer à travers un apprentissage très spécial, il est indispensable d’apprendre à bien se connaître. Rassurez-vous, les mouvements volontaires du début deviennent petit à petit instinctifs, à la suite d’un long et méthodique travail, mais pour obtenir un bon résultat, il faut d’abord analyser chaque mouvement et créer l’habitude de l’exécuter correctement.
En France, nous sommes victimes d’un certain goût du beau. Ainsi, dès la première leçon, le professeur et l’élève recherchent le beau son. Sur une trompette on peut parvenir à en produire très rapidement, alors qu’il faut plusieurs années de travail à un apprenti violoniste pour en arriver là. Par des moyens qu’il faut rejeter absolument, on peut en effet obtenir un son. Tout le monde criera au génie..." vous entendez le beau son qu’il a !" Tout le monde est content : le professeur, les parents et le pauvre élève qui est pourtant, dès cet instant, pris dans un engrenage dont le plus souvent il ne sortira que s’il a beaucoup de chance. De nos jours les débuts d’un trompettiste se font sur des bases radicalement fausses.
Poursuivons le parallèle avec l’étude du violon. Le travail d’un professeur de violon consiste avant tout, au début, à contrôler sans cesse la tenue de l’élève. A travers une vigilance et une surveillance de tous les instants, le son, petit à petit, deviendra beau, car il sera basé sur de bons principes, mais ces débuts sont bien désagréables pour l’entourage. On est forcé d’accepter cet état de choses. On notera que dans l’enseignement du violon, le professeur peut voir tous les mouvements de son élève, alors que le professeur de trompette doit les ressentir, les deviner car, pour l’essentiel, ils sont intérieurs et ne se voient que très peu, ce qui nécessite une grande connaissance du corps, acquise en s’observant d’abord soi-même.
Autre particularité de l’enseignement : dès la première année, il y a un petit examen. Pourquoi pas, me dira-t-on ? En fait, cela augmente le danger de "vernissage" : on préfèrera que l’élève produise du "beau" par n’importe quel moyen ; tendance néfaste à l’élève. Le jury qui juge un élève de première année au violon l’écoute, l’entend bien, bien sûr, mais il l’observe avant tout et le juge d’après la valeur de sa tenue. La plupart des trompettistes jugent d’après le joli "son", ils ne réfléchissent pas à la manière employée par l’élève pour fabriquer ce son. Pour les premières années, ces tendances sont favorisées par certains, si bien qu’après 2 ou 3 ans d’études, vous avez toujours ce fameux beau son, mais un jeu limité dans l’étendue de la tessiture. C’est signe que ce beau n’est pas bon. Il n’a pu croître sur des racines solides. Le jeu de l’élève est malade, il a besoin d’une thérapie de base.
Les maîtres qui sont à Paris et voient arriver des élèves ainsi dépourvus de base n’ont plus qu’à retrousser leurs manches. Il s’agit de "faire les fondations". A mon avis, ça n’est pourtant pas leur rôle. Quelle drôle de situation ! Les grands solistes, les maîtres font des fondations et les professeurs qui ont la charge de construire des bases de départ solides font du vernissage. Quoi d’étonnant si le malheureux jeune trompettiste se trouve, à 20 ans, bourré de problèmes contradictoires qu’il ne peut résoudre par un travail acharné. Il souffrira, il fera tout ce qu’il peut par amour de la trompette, car il faut bien le dire, c’est un instrument très attachant (peut-être parce qu’il nous fait souffrir !), mais quels efforts tout cela va coûter et le voici, au moment où il devrait récolter les fruits de son travail devant des difficultés insolubles et une grande confusion. Ce n’est pas le professeur qui souffrira de cet état de choses, mais bien l’élève. Voilà où nous en sommes trop souvent dans l’enseignement de la trompette en France.

Le remède ? Une leçon de trompette "vraie" :
La respiration
Parlons de respiration.
Allongez vous sur le dos, bien décontracté, regardez vous respirer : à l’inspiration, l’abdomen se gonfle. Mettez la main sur l’abdomen, voilà, à l’inspiration donc, l’abdomen se gonfle, à l’expiration, il se dégonfle, ce qui veut dire que vous ne savez pas du tout si vous prenez de l’air de l’extérieur, vous ne vous en rendez pas compte. Quand, par exemple, vous expirez, vous ne vous rendez pas compte que vous renvoyez votre souffle vers l’extérieur, c’est quelque chose de continu : inspiration - expiration, vous ne pouvez pas me dire à quel moment l’inspiration se transforme en expiration, si vous pouvez me le dire c’est que vous vous arrêtez. Il est conseillé de ne jamais s’arrêter de respirer ! Rien de plus simple.
Maintenant, mettez vos mains en dessous de vos côtes flottantes, dans le dos ; pour sentir ces côtes, à l’inspiration, il faut sentir les côtes flottantes se soulever, elles sont là pour ça, vous voyez ? Vous les sentez, les côtes flottantes se soulèvent, c’est l’inspiration. Le diaphragme épouse les côtes, devant le thorax, et il s’en va en arrière, les côtes flottantes se soulèvent, on dit que c’est une respiration costo-abdominale-diaphragmatique, on devrait même dire diaphragmatique¬costo-abdominale, parce que c’est grâce au diaphragme qu’il y a inspiration. Vous n’êtes pas en train d’avaler de l’air, ça rentre tout seul, le diaphragme fait son travail, dans cette position allongée, vous êtes décontracté, ça se passe donc très bien : il faut simplement en prendre conscience. Il se passe exactement la même chose quand vous jouez, il y a seulement une chose que vous ne verrez pas, c’est votre abdomen qui rentre, comme il rentre en ce moment, vous ne le verrez pas rentrer, parce que vous allez vous servir de vos abdominaux, de vos dorsaux, pour émettre un son, c’est à dire mettre votre air en pression.
Poussez, poussez, ça ne doit pas rentrer, attention, ça rentre mais vous ne le voyez pas. Une pression se fait donc à l’intérieur, ça va rentrer parce que vos abdominaux vont intervenir, les muscles se dédoublent, comme les biceps, comme n’importe quel muscle qui réagit, et vos abdominaux vont pousser sur votre sac d’air et vont se dédoubler, en haut à l’extérieur, vous ne sentirez rien, ça rentre seulement en dessous de la ceinture abdominale : c’est votre expiration, vous allez vous retrouver plat comme une galette. Regardez vous respirer encore une fois, voilà, mettez votre main sur votre abdomen, l’abdomen se gonfle, inspiration, il se dégonfle, expiration, comme je vous ai dit tout à l’heure, ça sera toujours comme ça. Ça joue, c’est pareil, vous ne verrez pas votre abdomen rentrer mais votre ceinture abdominale doit intervenir pour vous faire faire de la pression, une pression intérieure, qui aura une influence sur la projection, bien sûr, une influence intérieure, une pression intérieure, comme quand vous chantez. Quand vous chantez, c’est intérieur, la pression se fait, ça sort mais vous n’êtes pas en train de faire sortir votre chant. Alors maintenant chantez : pourquoi pas? Allez, chantez !! Poussez !
Ça se dégonfle en dessous, vous retrouvez ensuite votre inspiration, bravo, là, vous avez votre inspiration abdominale, diaphragmatique costo abdominale, c’est bien ça, Ça s’est fait tout seul parce que vous vous êtes décontracté.
Recommencez.
C’est l’envie de chanter qui provoque cette inspiration, que vous ne faites pas, donnez vous un peu de peine, allez, faites trembler la baraque, il faut que ce soit une inspiration abdominale, comme vous faisiez tout à l’heure, inspiration naturelle. Poussez contre votre main, ça se dégonfle, et ensuite vous décontractez votre ceinture abdominale. Maintenant il faut que vous retrouviez tout ceci dans une position verticale.
Vous vous regardez respirer, ne faites rien, le diaphragme descend, et il remonte. Il faut retrouver exactement ce que vous avez fait, ce qui se faisait avant, quand vous étiez allongé. Mettez votre main là, sous vos côtes flottantes, le diaphragme épouse la cage thoracique, il commence par soulever les côtes flottantes, ce n’est pas lui, c’est l’inspiration qui se fait, ce sont vos poumons qui se gonflent, voilà, c’est à la base que ça se passe, pas là-haut, ne vous tourmentez pas, tout le monde a tendance à être en-haut et devant mais ce qui se passe devant est la conséquence, justement, c’est le trop plein des côtes flottantes qui sont soulevées, on ne peut plus faire mieux, et devant, ça se garnit. Bon, alors maintenant, donnez votre main, retrouvez ce qu’on a fait, ce qui se faisait, pardon, regardez bien, voilà, décontraction, et inspiration naturelle.
Allez-y, chantez, mettez votre main sur votre abdomen, comme on a fait tout à l’heure. Attention : ne commencez pas par l’inspiration mais par la décontraction qui vous amène l’inspiration, je ne sais pas si vous me suivez ? Vous vous êtes décontracté mais en même temps vous avez pris de l’air, regardez bien, ça rentre tout seul, puisque lorsque nous jouons, lorsque nous chantons, le diapragme monte, on ne s’en occupe pas mais enfin il monte, je me décontracte, il descend et me

fait inspirer. Quand vous étiez allongé, vous vous êtes rendu compte que votre diaphragme prenait l’air et renvoyait l’air, donc si vous êtes décontracté, votre diaphragme va faire son travail de muscle inspirateur, c’est clair ?
Poussez, poussez, lâchez tout, ne prenez pas d’air, merci, et ça repart, et là ? Vous êtes frustré, vous vous dites "mais il
ne fait pas d’air avec son truc !". A la fin de l’émission il n’y a plus rien, évidemment, vous êtes en manque, vous avez fini votre phrase, alors vous donnez la priorité à faire rentrer l’air et c’est le commencement de la fin, parce que vous avez pris de l’air au lieu de le laisser pénétrer. Ce n’est pas de l’air, c’est de la musique qui rentre. Vous allez vous régaler ! La décontraction entraîne l’inspiration, vous n’avez pas à inspirer, le diaphragme fait son travail. Chacun se met en l’air à cause de ça, les professeurs font prendre de l’air, l’inspiration se fait au sommet, la respiration est thoracique, et puis on bloque, et on vient jouer, c’est foutu, la vie n’y est plus. Tout le monde prend de l’air, voilà, prend de l’air, met de l’air, il suffit de dire à quelqu’un "allonge ta phrase !" pour qu’il prenne de l’air
C’est l’artiste qui doit commander au manoeuvre, qui va lui faire prendre un peu plus, pas d’air, de musique, c’est de la musique ! Et de la musique, il nous semble qu’on va pouvoir en prendre, en prendre... Il faut prendre conscience des côtes flottantes, tout est là. C’est une ceinture d’air, regardez vous respirer, prenez de la musique, des vibrations, voilà, eh! bien vous voyez, ce n’est pas vous qui prenez de l’air. Il va falloir retrouver cette inspiration, après l’effort, mais l’effort qu’est ce que c’est? Les abdominaux, les dorsaux, c’est tout, le diaphragme n’est pas dans le coup, il remonte, il descend, il fait son travail de muscle inspirateur.
La décontraction
Il faut garder cette respiration naturelle quelles que soient les conditions qui risquent de nous en empêcher. On ne peut garder cette respiration naturelle que si l’on est décontracté. Pour être décontracté, il faut avoir les pieds sur terre, au centre de gravité, assis, il faut prendre conscience de ses fesses et de ses pieds. Il faut avoir une assise, vous avez une assise, vous avez votre décontraction. On coince quand on est en équilibre bancal, il est important d’avoir les fesses sur le siège et les pieds bien accrochés sur le sol, là-haut il n’y a plus rien, c’est l’artiste, en bas, c’est le manoeuvre, qui transpire. Il faut toujours rejoindre son centre de gravité.
Vous vous enfoncez, vous vous enfoncez complètement, parce que votre sac d’air diminue de volume, vous êtes toujours sur l’air, et non sur le son, le son ne se fait pas, c’est la vie, il faut vivre et non faire : vous avez envie de chanter, ça chante. Ça joue, je ne joue pas sur les mots, attention ! C’est la vérité. Ça respire, ça joue, ça mange, ça boit ! Les choses de la vie se font toutes seules !
Mais quand on prend la trompette , on veut jouer de la trompette, et c’est là que ça ne va plus, alors que ça joue tout seul. La pensée engendre la volonté, la volonté détruit l’envie et sans envie il n’y a pas d’équilibre, sans plaisir pas de réussite. Ce n’est pas compliqué, c’est l’art de rester soi-même, seulement il ne faut pas être dans la tête, il faut avoir confiance en soi. Combien de garçons assurent le son !. Quand on a un bout de ferraille sur les lèvres, ça ne devrait pas être différent, seulement on sent l’embouchure, on veut assurer le son qu’on nous demande, et alors là, c’est foutu. Il faut être artiste, il faut avoir une décontraction expressive, c’est à dire, comme le dit madame Hoppenot, le tonus dans la décontraction. On parle d’inspiration expressive. Quand on remplit une bouteille avec de l’eau, si on vide, c’est de l’eau, si on y met autre chose, on videra autre chose, eh!bien si on remplit les poumons avec de l’air bête, on obtient un son bête qu’il faut colorer à la sortie. Pour vider de la musique, il faut y avoir mis de la musique.
Les anciens n’étaient pas des idiots, ils appelaient ça une inspiration expressive. De nos jours, l’expression, rien à faire, il faut se massacrer, alors pour ça il y a des exercices qui musclent les lèvres, rien de tel pour être sur la gueule, mais on n’est pas dans son corps, la musique n’existe pas, on la fait, on ne la vit pas.

L’émission
Comment fait-on une émission ?
C’est très simple. La première leçon concernant l’émission avec un professeur consiste à habituer l’élève à imaginer chasser un corps étranger de la bouche avec un coup de langue, alors c’est vrai, tu as un son, et pendant les premières annés, tu es un génie, mais 5 ans après, tu retrouves le génie complètement sur la gueule, parce qu’on a voulu aller trop vite. Avec moi, ça n’allait pas vite, même le fils de Maurice (André), quand Maurice a voulu que je m’occupe de lui, n’a pas eu l’instrument tout de suite ! Et pourtant il y en avait des instruments, et Nicolas a eu l’embouchure, et encore c’est moi qui lui ai mis, quand il a su me faire la différence entre le bruissement et la vibration des lèvres. La langue est ronde et molle, c’est normal, c’est sa position. Il faut la placer comme pour dire "QUI", sans tirer les coins de la lèvre, sans le dire, on ne garde que le son i, ça fait une occlusion, il ne reste donc rien là-haut, il ne reste que les dorsaux. Mettez la main derrière, langue placée et ça va faire un bruissement. S’il y a bruissement, c’est qu’il y a eu mouvement, eh!bien, l’émission est là, sur les dorsaux, elle n’est pas là-haut. Remuer la langue pour jouer est complètement idiot, on n’entend rien avec une langue qui remue, la langue est muette, on ne peut pas jouer avec. Le TU est très bien, comme le dit ARBAN, seulement il ne faut pas mettre la voyelle dans la bouche avec la consonne qui pousse, si la langue est placée, la voyelle est derrière.
Il n’y a pas de langue sur le premier son, il faut que ça soit net sans langue, comme pour dire UN, uniquement avec les dorsaux, et pour le détaché, la langue se remet en place puis retombe comme pour dire DEUX, UN puis DEUX, sur le UN la langue ne bouge pas, et pourtant c’est net, le bout de la langue est derrière les dents de la machoire inférieure, UN, DEUX, DEUX, DEUX,...., c’est le détaché.
Les professeurs sont idiots, ils nous disent exactement le contraire, ils mettent la voyelle dans la bouche ... Tous les gens ont ce problème, à partir du moment où le détaché est à l’envers, la respiration est aussi à l’envers, c’est pareil, alors que si on a un détaché parlé, c’est bon !
La racine
Un jour, un élève ne comprenait pas, j’ai dit attend, tu vas comprendre, je suis sorti, j’ai arraché un brin d’herbe, avec la racine, et je lui ai amené. Je lui ai demandé Comment y a t-il ce brin d’herbe ? parcequ’il y a la racine, c’est tout, toi, si tu as un son, c’est parce qu’il y a une racine aussi. S’il n’y a pas de racine, l’herbe ne pousse pas, pareil pour notre son, s’il n’y a pas de racine ça se casse la figure aussi, c’est tout.
Il y en a quand même qui arrivent à jouer sans racines, oui, parce qu’ils ont une musculature, ils ont la gueule, mais ce n’est pas ça de toute façon, ce n’est pas la vérité. Le malheur est que les gens qui jouent bien ne peuvent pas enseigner, ils ne sentent rien. Prenez une leçon avec Maurice ! Maurice dit des choses fantastiques, la musique c’est comme du champagne, ça pétille, la trompette ça se joue avec les tripes, il faut remplacer les cordes vocales par les lèvres, c’est merveilleux tout ça, c’est simple, mais pourquoi sommes-nous si compliqués ?
Le plaisir
Il faut que l’inspiration se fasse quand la trompette arrive. Continuez à vous regarder respirer, regardez l’emplacement sur lequel l’inspiration se transforme en expiration, prenez conscience de l’inspiration, que vous ne faites pas. Tout est dans la vision. La trompette va arriver, c’est du concret, vous la voyez malgré tout, et ce que je demande est de l’abstrait, ce souffle qui pénètre en vous, etc...Il faut que ce souffle qui pénètre en vous soit du concret, que la trompette qui arrive soit de l’abstrait. Il faut une grande concentration intérieure au moment où la trompette arrive sur les lèvres pour être là où l’inspiration se transforme en expiration.
Oh ! c’est fantastique ! et ça joue, c’est vivant, et puis c’est tellement agréable, on cherche quelque chose qui est bon. On peut avoir la gueule sèche, mouillée, peu importe, ça n’a plus aucune espèce d’importance, parce que c’est la sortie, ce n’est pas la fabrication, on en a pris conscience tout à l’heure, la poussée était bien là, sur l’abdomen, et pas là haut. Il suffit de stabiliser sa vision sur le nombril, là, c’est le vide immédiat, C’est la vision, la vision créatrice.

Vivez votre inspiration, régalez-vous. Vous savez bien que dans la vie tout est basé sur la préparation. Si on a bien préparé, il y a une explosion de plaisir qui arrive, comme en amour, tout est basé sur la préparation, et puis au bout du compte, ça joue, il faut se régaler dans la préparation, il ne faut pas faire un exercice respiratoire, si on fait un exercice respiratoire, on se bloque, et c’est foutu. On ne fait pas, on vit, c’est le non retour, c’est le non-faire, voilà, ça s’appelle vivre et non faire, si on vit bien ça se fera !
Le son
Dans ce son qu’on n’a pas fait, il y a toutes les couleurs, tous les harmoniques, on vit le son, on ne le fait pas. Les notes, ça existe, mais il faut les apprendre pour les oublier, parce qu’on ne fait pas des notes. Les notes représentent des durées et des sons. Je ne sais pas si ça va sortir, mais le subconscient, lui, il le sait, ça s’appelle la confiance en soi. Même quand on finit l’air, il faut faire comme si on continuait à vider le sac, au début c’est très bien, mais après, on écoute, ou du moins on entend fortement, alors qu’en restant sur le sac d’air, c’est extraordinaire, si le départ est excellent, c’est la suite qui ne va pas, parce qu’on est content, on écoute, mais attention, on n’est pas auditeur, à quoi ça sert de s’écouter ? à rien puisque c’est sorti, si c’est beau, on pavoise, si ce n’est pas beau, on fait la gueule, mais c’est quand même sorti, bouchons-nous les oreilles, l’entendement est sur le nombril, comme s’il y avait un soleil, des vibrations. Il s’agit d’une manière de vivre, d’un art de vivre, tout doit devenir instinctif.
Les lèvres
Les lèvres doivent être fermes, comme pour siffler, on est sur l’air. Les anciens étaient des artistes, ils préconisaient le filage de son, ça voulait dire on commence pp, p, mf, f , ff, fff, ffff, fff, ff, f, mf, p, pp, mais ça n’a pas été fait pour la nuance, ça a été fait pour ouvrir son corps, je le sais parce que lorsqu’on m’a dit de filer des sons, j’ai filé avec le son, et qu’est ce qui s’est passé ? plus j’allais vers l’extérieur, plus je me massacrais, alors qu’il fallait aller vers le bas, verticalement. Regardez comment devient la gueule : pointue, ça s’est fait tout seul, parce que mon souffle s’intériorise, c’est tout, j’ai la pince, j’ai la vibration, sans la chercher, bien jouer veut dire être sur l’air.
Finalement
On vient de travailler l’ordre dans lequel on doit construire son art de vivre, il ne faut jamais oublier la racine, la lèvre est un faux problème, c’est le souffle qui fait la lèvre, il faut poser l’embouchure sur 2 lèvres qui se touchent, si on est heureux, bravo, si on n’est pas heureux, on n’y est pas. L’histoire n’est pas compliquée, il faut être ailleurs que sur les lèvres, sinon on est incapable de jouer. Il faut toujours s’intérioriser, c’est pour ça que le son filé est très bien, mais seulement en laissant filer le son, et toujours avoir cette verticalité, cette ouverture du corps. Quand on chante, le corps s’ouvre, s’ouvre, s’ouvre, et il faut toujours que ça soit comme ça, cela s’appelle "être sur l’air"
Robert Pichaureau, Gratens, le 10 mai 1997 Leçon de vie et de trompette,
Ecole de trompette de Gratens,
Haute-Garonne

A tous vents...
Robert Pichaureau, maître et docteur
François Gaston, élève et patient
Enregistré et transcrit par Philippe Maillard, élève et patient
Gratens, le 10 mai 1997
Introduction
Robert Pichaureau enseignait dans un discours imagé, très riche en expressions marquantes. On avait décidé ensemble, pour réussir à en conserver une trace écrite fidèle à son enseignement, de transcrire "telle quelle" une leçon type illustrant les différents sujets de son discours. François Gaston a accepté au pied levé d’être l’élève type pour sa première leçon. J’ai souhaité conserver le langage parlé de
Robert Pichaureau sans corriger les redites ou imprécisions qui apparaissent par-ci par-là, on peut ainsi encore mieux apprécier le sel de ce merveilleux moment de vie qu’est la leçon de trompette de Robert Pichaureau.
Avant d’être distribué à tous les amis trompettistes et devenir un remède en cas de besoin, le texte définitif attendait d’être complété par les images et dessins très vivants (le gorille Maurice ou le regard vide de Charlie Parker par exemple) utilisés par Robert Pichaureau pour mieux nous aider. Peut-être dans une future version remaniée ?
Il faut se lancer On y retrouvera toute sa générosité et un arrière goût de trop peu, le goût de
l’immense chaleur humaine de ses leçons.
Il faisait un temps splendide ce jour-là, on voyait très bien les Pyrénées
Philippe
11 Février 1999
On trouvera en italique soit les commentaires de Robert lui-même, soit des commentaires destinés à éclaircir la situation.
Attention, ça démarre !
On va commencer par s’allonger, et puis tu vas enregistrer de façon à ce que ça soit clair, parce que là, ce n’est pas clair - référence à l’article de 1978 pour l’école de musique de Lons Le Saulnier - là, j’ai tourné autour, c’est bon, mais c’est trop compliqué ! Il ne faut pas que ça soit compliqué.
Allez, François ! De toute façon, ça lui fera du bien ! Allongez vous sur le dos.
On va parler de respiration.
Maintenant, on se regarde respirer,
alors,
à l’inspiration : l’abdomen se gonfle.
Mettez la main sur l’abdomen.
Voilà,
Donc à l’inspiration : l’abdomen se gonfle.
A l’expiration : il se dégonfle.
Ce qui veut dire que vous ne savez pas du tout si vous prenez de l’air de l’extérieur, vous ne vous en rendez pas compte.
Quand, par exemple, vous expirez, vous ne vous rendez pas compte que vous renvoyez votre souffle

vers l’extérieur.
C’est quelque chose de continu : inspiration - expiration,
Vous ne pouvez pas me dire à quel moment l’inspiration se transforme en expiration, si vous pouvez me le dire c’est que vous vous arrêtez.
Il ne faut pas s’arrêter.
Il n’y a rien de plus simple.
Maintenant, mettez vos mains en dessous de vos côtes flottantes.
Derrière.
Pour sentir les côtes.
Parce qu’à l’inspiration, il faut sentir vos côtes flottantes se soulever, elles sont là pour ça. Vous les voyez ?
Vous les sentez ?
Les côtes flottantes se soulèvent, parce que l’inspiration est comme ça, voyez, le diaphragme fait ça, il épouse les côtes devant le thorax, voyez, et puis il s’en va comme ça en arrière.
Les côtes flottantes se soulèvent et on dit que c’est une respiration costo-abdominale- diaphragmatique.
On devrait même dire diaphragmatique-costo-abdominale, parce que c’est grâce au diaphragme qu’il y a inspiration.
Vous n’êtes pas en train d’avaler de l’air, ça rentre tout seul.
Le diaphragme fait son travail,.
Dans cette position là, vous êtes décontracté, donc ça se passe très bien.
Quand vous avez pris conscience de ça, il se passe exactement la même chose quand vous jouez, mais il y a une chose que vous ne verrez pas, c’est votre abdomen qui rentre.
Comme il rentre en ce moment.
Vous ne le verrez pas, il rentrera mais vous ne le verrez pas, parce que vous allez vous servir de vos abdominaux, de vos dorsaux, pour émettre un son, c’est à dire mettre votre air en pression.
Poussez, poussez, ça ne doit pas rentrer, attention ! ça rentre mais on ne le voit pas.
Mais là je cesse de respirer naturellement, je contracte... ? (François)
Oui, parce que vous avez envie d’un son...
Donc une pression se fait à l’intérieur, c’est pour ça que ça va entrer parce que vos abdominaux vont intervenir,
Les muscles, voyez, se dédoublent, comme les biceps, n’importe quel muscle, réagit, et vos abdominaux vont pousser sur votre sac d’air et vont se dédoubler, en haut vous ne sentirez rien, vous ne verrez rien, ça rentrera pas.
C’est ça ce que je veux dire.
Ça rentre en dessous de la ceinture abdominale : c’est votre expiration.
Vous allez vous retrouver plat comme une galette.
Regardez vous respirer encore une fois.
Voilà.
Mettez votre main sur votre abdomen, l’abdomen se gonfle : inspiration, il se dégonfle : expiration. Et comme je vous ai dit tout à l’heure, ça sera toujours comme ça.
Ça joue, c’est la même chose.
Mais vous ne verrez pas votre abdomen rentrer parce que votre ceinture abdominale doit intervenir pour vous faire faire de la pression :
une pression intérieure,
qui aura une influence sur la projection, bien sûr, mais pas une influence sur shhh (Robert met sa main devant sa bouche et souffle), une influence intérieure, une pression intérieure, comme quand vous chantez : uuuuuhhh (Robert chante)

Quand vous chantez, c’est intérieur, il y a la pression qui se fait, ça sort mais en tout cas vous n’êtes pas, uuuuhh (Robert chante), en train de faire sortir votre chant.
Alors maintenant vous allez chanter, pourquoi pas ? Allez, chantez ! !
aaaaahh (François chante)
Poussez !
En dessous, ça se dégonfle.
Maintenant, vous retrouvez votre inspiration, bravo ! là, vous retrouvez votre inspiration abdominale, diaphragmatique-costo-abdominale.
C’est bien ça, vous avez vu ?
Ça s’est fait tout seul parce que vous vous êtes décontracté.
Recommencez !.
A la suite d’une inspiration...,
Que vous ne faites pas, c’est l’envie de chanter qui provoque cette inspiration,
Donnez vous un peu de peine,
allez ! Faites trembler la baraque !
allez ! poussez!, non ! c’est pas vrai !
Vous avez eu une inspiration en haut, thoracique, il faut que ce soit une inspiration abdominale, comme vous faisiez tout à l’heure, inspiration naturelle.
Poussez contre votre main, en dessous de votre main ça se dégonfle, et vous décontractez votre ceinture abdominale.
Vous retrouvez...., non ? Voilà, la fin était bien, mais pas le début, parce que vous avez eu une inspiration thoracique au départ, parce que c’est la volonté qui est intervenue.
Tout à l’heure vous me l’avez très bien fait, parce que c’est pas vous qui l’avez fait, tandis que là, vous avez voulu vous appliquer, le résultat ne s’est pas fait attendre.
Allez-y ! oui ! ça c’est bien ! Poussez !
En dessous de votre poussée, ça se dégonfle, voilà, eh!bien, à la suite de ça l’abdomen doit se gonfler et ça repart, bien, vous êtes bon, ça se fait tout seul, vous n’avez absolument rien à faire.
Maintenant il faut qu’on retrouve ça dans une position verticale, debout, eh!oui, on ne peut pas rester comme ça !
Tu ne crois pas que ça peut arranger les choses ? c’est beaucoup plus simple, autrement c’est compliqué tout ça, je n’y comprenais plus rien, moi, alors d’un seul coup, je me suis dit mais on
va...., Oh puis tu as bien fait, là, d’amener notre ami, comme ça voilà, comme ça au moins c’est bien et puis c’est sur le tas, ça c’est la vérité !
Bon eh! bien, la même chose dans la position verticale.
Ca veut dire qu’on se regarde respirer, vous avez fière allure, vous êtes droit, c’est beau ! Vous vous regardez respirer.
Ne faites rien.
Le diaphragme descend..., et il remonte.
Il faut retrouver exactement ce que vous avez fait, ce qui se faisait avant, quand vous étiez allongé. Mettez votre main, là, sous vos côtes flottantes,
Voyez,
C’est pour ça qu’on dit que c’est une inspiration diaphragmatique-costo-abdominale, parce que le diaphragme fait ça...., voyez...., il épouse la cage thoracique, là, voyez..., il commence par soulever les côtes flottantes, il commence par soulever, ce n’est pas lui, c’est l’inspiration qui se fait, ce sont vos poumons qui se gonflent, voilà..., c’est à la base que ça se passe, pas là-haut, vous le sentez bien, et bien devant...,
C’est pour ça qu’il ne faut pas se tourmenter. Tout le monde est devant ; mais devant, c’est la conséquence, justement, c’est le trop plein des côtes flottantes qui sont soulevées, on ne peut plus faire
mieux, et puis devant, ça se garnit.
Bon, alors maintenant, vous faites ceci, donnez votre main,
uuuh ... (Robert chante), on retrouve ce qu’on a fait, ce qui se faisait, pardon!. Regardez bien, voilà, décontraction, et vous retrouvez l’inspiration naturelle.
Allez-y ! Chantez ! Mettez votre main sur votre abdomen, comme on a fait tout à l’heure ! Petite erreur :
Ce n’est pas comme ça.
Vous avez commencé par l’inspiration au lieu de commencer par la décontraction qui vous aurait amené l’inspiration, je ne sais pas si vous me suivez ?
Alors que vous avez fait uuuh..., vous vous êtes décontracté mais en même temps vous avez pris de l’air, au lieu de uuuuh..., regardez bien, ça rentre tout seul.
Puisque lorsque nous jouons, lorsque nous chantons, le diapragme monte, on ne s’en occupe pas mais enfin il monte.
Je me décontracte, il descend et me fait inspirer.
Quand vous étiez allongé, vous vous êtes rendu compte que votre diaphragme prenait l’air et renvoyait l’air, c’est d’accord, donc si vous êtes décontracté, votre diaphragme va faire son travail de muscle inspirateur, c’est clair.
Poussez ! Poussez ! Lâchez tout ! Ne prenez pas d’air ! Merci, et ça repart, et là
On est frustré.
On se dit "mais il ne fait pas d’air avec son truc !"
A la fin de l’émission, il n’y a plus rien, évidemment, on est en manque, on a fini notre phrase et il n’y a plus rien, alors on donne la priorité à faire rentrer l’air et c’est le commencement de la fin, parce que on a pris de l’air au lieu de le laisser pénétrer.
C’est de la musique qui rentre, ce n’est pas de l’air.
Il y a une chose que vous ne verrez pas, je vous l’ai signalé lorsque vous étiez allongé, c’est l’abdomen qui rentre,
uuuh,
Il rentre mais vous ne le voyez pas, parce que les abdominaux travaillent, maintenant je relâche mes abdominaux, je retrouve ma respiration costo-abdominale, mon diaphragme monte forcément, il fait son rôle de muscle inspirateur - Heureusement qu’il est là parce qu’ on ne s’en occupe pas- , ça respire.
Vous allez vous régaler !
La décontraction entraîne l’inspiration, je n’ai pas à inspirer, le diaphragme fait son travail. Tout le monde se fout en l’air à cause de ça.
Tous les professeurs font prendre de l’air, alors l’inspiration se fait au sommet, la respiration est thoracique, et puis on bloque, et on vient jouer.
C’est pour ça qu’il n’y a plus aucun soliste en France, il n’y a plus d’artiste.
Il n’y a plus que des techniciens, ça remue les doigts, et ça ça marche fort, mais la vie n’y est plus. Tout le monde est en train de prendre de l’air, voilà, prend de l’air ! Mets de l’air !
Il suffit de dire à quelqu’un "allonge ta phrase !" pour qu’il prenne de l’air.
C’est l’artiste qui doit commander au, disons..., manoeuvre, qui va lui faire prendre un peu plus..., pas d’air, de musique, c’est de la musique !
Alors il nous semble qu’on va pouvoir en prendre, en prendre...
Il faut prendre conscience des côtes flottantes, tout est là, c’est là, c’est là, c’est une ceinture d’air, et regardez vous respirer ! Mettez vos mains là : prenez de la musique, des vibrations.
Voilà, eh!bien vous voyez ?
Vous avez une ceinture d’air, et là, vous vous regardez respirer, ce n’est pas vous qui prenez de l’air. Il va falloir retrouver cette inspiration, après uuuh..., après avoir produit votre effort.
Mais l’effort qu’est ce que c’est ?
Les abdominaux, les dorsaux, c’est tout, le diaphragme n’est pas dans le coup, il remonte, uh....,

maintenant il va descendre, parce qu’il fait son travail de muscle inspirateur, ce n’est pas compliqué, il ne faut pas sortir des Grandes Ecoles pour comprendre ça,
Mais il y en a beaucoup qui comprennent à l’envers....
Il faut garder cette respiration naturelle quelles que soient les conditions qui risquent que de nous en empêcher.
On ne peut garder cette respiration naturelle que si l’on est décontracté.
Pour être décontracté, il faut avoir les pieds sur terre, au centre de gravité,
Assis, il faut prendre conscience de ses fesses et de ses pieds.
Il faut avoir une assise, voilà, là vous avez une assise et vous avez votre décontraction.
On coince quand on est en équilibre bancal, c’est pour ça qu’il est important d’avoir les fesses sur le siège et les pieds bien accrochés sur le sol, voilà.
Autrement dit, en haut il n’y a plus rien, c’est l’artiste, en bas, c’est le manoeuvre, qui est là pour transpirer.
Il faut toujours rejoindre son centre de gravité. Il faut le faire autant pour chanter que pour jouer. Je m’enfonce, je m’enfonce complètement, parce que mon sac d’air diminue de volume,
je suis toujours sur l’air, tandis qu’autrement je suis sur le son.
Voilà, et qu’est ce qui se passe ?
Eh bien ça ne travaille plus, il n’y a plus rien, plus rien de naturel, parce que je pars sur le son, je fais le son alors que le son ne se fait pas, c’est la vie !
Il faut vivre et non faire.
J’ai envie de chanter, ça chante.
Bien, vous prenez votre tube, ça joue, je ne joue pas sur les mots, attention! C’est la vérité. Ça respire, ça joue, ça mange, ça boit!
Toutes les choses de la vie se font toutes seules!
Mais quand on prend la trompette, on veut jouer de la trompette, et c’est là que ça ne va plus, alors que ça joue tout seul.
La pensée engendre la volonté, ça c’est sûr, la volonté détruit l’envie et sans envie il n’y a pas d’équilibre, sans plaisir pas de réussite.
Oui, ce sont des petites phrases, mais c’est quand même la vérité, ce n’est pas compliqué, c’est l’art de rester soi-même, seulement pour rester soi-même, il ne faut pas être dans la tête, c’est pour ça que l’on peut dire qu’il faut avoir confiance en soi.
Combien de garçons assurent le son, voilà par exemple, si on a envie de uuuh..., pas de problème. On chante juste tous les trois, pourquoi ? Parce qu’on n’y met pas notre nez.
Quand on a un bout de ferraille sur les lèvres, ça ne devrait pas être différent, seulement ça l’est, parce que l’on sent l’embouchure, on veut assurer le son qu’on nous demande, et alors là, terminé, c’est foutu, terminé.
Il faut être artiste, il faut avoir une décontraction expressive, c’est à dire, comme le dit madame Hoppenot (dans son livre "Le violon intérieur"), le tonus dans la décontraction.
Cette dame voulait me rencontrer, on avait un élève en commun qui travaillait le violon chez elle et la trompette chez moi. Il lui racontait comment ça se passait, alors elle a dit qu’il faudrait organiser une rencontre mais malheureusement elle est décédée avant d’avoir pu la réaliser. On aurait été contents ensemble, on parlait la même langue, Oh, ce n’est pas tellement difficile, on parlait tous les deux
d’inspiration expressive.
C’est comme quand on remplit une bouteille, on met de l’eau dedans, quand on verse, c’est de l’eau, si on y met un autre breuvage, c’est un autre breuvage.
Eh bien, dans les poumons, si on met de l’air bête on obtient un son bête qu’il faut colorer à la sortie. Pour sortir de la musique, il faut y avoir mis de la musique.
Les anciens n’étaient pas des cons, ils appelaient ça une inspiration expressive.
De nos jours, l’expression, rien à glander, rien !
C’est va-z-y machin et puis c’est tout, il faut se massacrer, alors pour ça il y a des exercices pour se muscler les lèvres.
Il n’y a rien de tel pour être sur la gueule, mais on n’est pas dans son corps, la musique n’existe pas, on la fait, on ne la vit pas.
Comment fait-on une émission ?
C’est très simple.
Parce que c’est encore une question de prendre son temps, mais il faudrait que ça aille vite, très vite. La première leçon concernant l’émission avec un professeur consiste à habituer l’élève à imaginer chasser un corps étranger de la bouche avec un coup de langue,
va-z-y machin !
Alors ça c’est vrai, tu as un son, et pendant les premières années, encore un génie! Mais tu retrouves le génie 5 ans après complètement sur la gueule, il faut aller vite alors ça va vite.
Mais avec moi, ça n’allait pas vite, même le fils de Maurice, quand Maurice a voulu que je m’occupe de lui, il n’a pas eu l’instrument tout de suite ! Pourtant il y en avait des instruments, mais j’ai dit à Maurice "Nicolas tout nu ! " et Maurice a dit "bon, comme tu veux", et Nicolas a eu l’embouchure, et encore c’est moi qui lui ai mis, quand il a su me faire la différence entre le bruissement et la vibration des lèvres.
La langue est ronde et molle, c’est normal, c’est sa position.
Il faut la positionner comme pour dire "QUI", sans tirer les coins de la lèvre.
On garde la langue placée comme pour dire "QUI" mais on ne le dit pas, on garde le i.
Avec la langue placée pour dire "QUI", ça fait une occlusion, il ne reste rien là-haut, il ne nous reste que les dorsaux.
Il n’y a qu’à mettre la main là, derrière, langue placée, et ça va faire un bruissement.
S’il y a bruissement, c’est qu’il y a eu mouvement, eh!bien, l’émission est là, voilà, elle n’est pas là- haut.
Remuer la langue pour jouer est complètement idiot, on n’entend rien avec une langue qui remue, la langue est muette, on ne peut pas jouer avec.
Le TU est très bien, comme le dit ARBAN, seulement il ne faut pas mettre la voyelle dans la bouche avec la consonne qui pousse, c’est pas ça, quand la langue est placée, la voyelle est derrière.
Il n’y a pas de langue sur le premier son, il faut que ça soit net sans langue, comme pour dire "UN", uniquement avec les dorsaux.
Pour le détaché, c’est très simple, la langue se remet en place puis retombe comme pour dire "DEUX", non, c’est à l’envers ça (François),
il faut dire "DEUX", "UN" puis "DEUX",
on regarde ce que fait la langue quand on dit "DEUX".
Sur le "UN" la langue ne bouge pas, pourtant c’est net, parce que tu vois ? Le bout de la langue est derrière les dents de la mâchoire inférieure lorsque l’on dit "UN".
Pour dire "DEUX", tu es obligé de remonter ta langue, le bout de la langue.
"UN"... "DEUX", oui, mais ce n’est pas quand la langue remonte qu’on dit "DEUX", c’est quand elle se décolle, c’est vite fait hein ?
Il faut revoir ça, elle monte puis elle descend, elle monte pour occlure, et puis après elle descend, ça fait donc, "UN" , "DEUX".
Les professeurs sont cons comme ce n’est pas vrai, ils nous disent exactement le contraire, ils mettent la voyelle dans la bouche...
Tous les gens ont ce problème, à partir du moment où tu as ton détaché à l’envers, la respiration est aussi à l’envers, c’est pareil, alors que si on a un détaché parlé, c’est bon !

moment, il y avait deux concours, le premier avec un morceau au choix, j’avais mon cheval de bataille, tu penses, les variations en ré bémol de "Bussère", je m’en rappelle, alors ça, c’était tout à fait mon truc, ça marchait bien, c’était pas trop haut, et puis entre chaque variation on prenait le temps de décoller et on reprenait l’autre variation, alors tu penses, moi, j’avais fait mon petit effet et j’avais été retenu au premier tour, voilà, et pourtant à ce moment là il n’y avait pas beaucoup de monde. Au deuxième tour, manque de chance, un concerto de "Soulage", à la fin de la première partie il y avait le contre ut, je n’ai jamais été foutu de sortir le contre ut, si bémol maximum, bon mais ça ne fait rien, étant donné que j’avais été reçu au premier tour, j’avais le droit d’assister au cours en auditeur, alors tu penses, moi j’étais à la caserne de la Pépinière, juste à coté du conservatoire, pas loin, donc j’allais à tous les cours, et puis j’avais un ami, Marcel Caens, le père de Thierry, qui lui
était à la classe, il était élève. On allait ensemble, on revenait ensemble et lui, il se foutait sur son lit et pleurait à chaudes larmes, il s’était fait incendier, il ne comprenait pas, il ne pouvait pas comprendre parce que lui aussi avait le tu à l’envers.
Moi, alors, je prenais des leçons particulières avec le professeur Eugène Foveau, élève de Franquin, et alors il me disait, " mais si vous ne pouvez pas le jouer, dîtes le ! parlez derrière votre instrument". Parler derrière l’instrument ! je ne savais dire que TU, moi, et à l’envers en plus, je ne me suis pas remis d’aplomb pour autant, ce sont des années et des années après que petit à petit j’ai compris tout ça. Au début, je ne comprenais pas, parce que ça marchait, enfin ça marchait..., pas beaucoup, mais on s’en contente, c’est vrai, on a un son, on est content. C’était pas ça. Alors, petit à petit, c’est mon subconscient qui s’est mis au boulot, parce que j’avais beau chercher, je ne trouvais pas, mon frère Claude, lui, quand il avait fini, avait mal aux pieds, alors moi, j’ai cherché à avoir mal aux pieds, et à force de tourner autour j’ai dit bon ben ça va, laisse tomber, et j’ai bien fait parce que mon subconscient s’est foutu au boulot, parce que je ne pensais plus. Ça c’est en 1936.
Les jeunes d’aujourd’hui sont dans la même situation, exactement la même chose, l’enseignement de la trompette n’a pas évolué, on est toujours sur le résultat, mais les racines, on ne connaît pas.
C’est quand même malheureux.
Un jour, un élève ne comprenait pas, j’ai dit attend, tu vas comprendre, je suis sorti, j’ai arraché un brin d’herbe, avec la racine, et je lui ai amené.
Je lui ai demandé pourquoi y a t-il ce brin d’herbe ? Parce qu’il y a la racine, c’est tout, toi, si tu as un son, c’est parce qu’il y a une racine aussi.
S’il n’y a pas de racine, l’herbe ne pousse pas. Notre son, c’est pareil, s’il n’y a pas de racine, ça se casse la figure aussi, voilà, c’est tout.
Il y en a quand même qui arrivent à jouer sans racines, oui, parce qu’ils ont une musculature, ils ont la gueule, mais ce n’est pas ça de toute façon, ce n’est pas la vérité.
Le malheur est que les gens qui jouent bien ne peuvent pas enseigner, ils ne sentent rien, rien, rien.
Va prendre une leçon avec Maurice ! Maurice dit des choses fantastiques, la musique c’est comme du champagne, ça pétille, la trompette ça se joue avec les tripes, bon, c’est très bien, il faut remplacer les cordes vocales par les lèvres, c’est merveilleux aussi tout ça, c’est simple, mais seulement, peut- être que nous sommes trop compliqués.
C’est pour ça qu’il faut que ça ne soit pas trop compliqué quand on écrit quelque chose, simplifier au maximum.
La langue :
Quand la trompette arrive, il faut que l’inspiration se fasse.
Continuons à nous regarder respirer.
Il faut regarder l’emplacement sur lequel l’inspiration se transforme en expiration, prendre conscience de l’inspiration, qu’on ne fait pas.
Tout est dans la vision.
La trompette va arriver, et la trompette, c’est concret, on la voit malgré tout, et ce que je demande, moi, c’est de l’abstrait, ce souffle qui pénètre en nous, enfin bref, on se l’imagine plutôt.

Eh!bien il faut que ce souffle qui pénètre en nous, ça soit du concret, que la trompette qui arrive, ça soit abstrait.
C’est pour ça qu’il faut une grande concentration intérieure et au moment où la trompette arrive sur les lèvres, eh!bien nous on est là où l’inspiration se transforme en expiration.
(Retour sur François)
Oh ! c’est fantastique ! et ça joue, c’est vivant, et puis c’est tellement agréable, on cherche quelque chose qui est bon.
Non, on est dans la tête en ce moment, je vous vois penser.
Vous pensez, eh! bien oui, pourquoi je vous vois penser ?
Vous commencez à triturer vos lèvres, ça veut dire que vous allez vous mettre quelque chose là, alors ça mon ami, on peut avoir la gueule sèche, mouillée, peu importe, ça n’a plus aucune espèce d’importance, parce que là, c’est la sortie, ce n’est pas la fabrication.
La fabrication est là en bas, on en a pris conscience tout-à-l’heure, la poussée était bien là, et pas là haut, là haut ça passe, c’est un passage, la trompette arrive mais on ne s’en occupe pas.
Ce qui nous... oh ! il pense !
Il suffit de stabiliser sa vision sur le nombril, là, c’est le vide immédiat,
C’est très bien ça, hein, ne pensez pas.
C’est la vision, on appelle ça la vision créatrice, eh!bien, on en profite, vous rappelez le TU, ça y est, il pense, c’est foutu, c’est pas tout à fait ça, parce qu’on était pas là, sur le nombril.
Lorsque, par exemple, mon embouchure va arriver, c’est le plaisir, le plaisir c’est un élan.
Quand on prend un élan pour franchir un obstacle, arrivé devant l’obstacle, emporté par l’élan, boum, ça y va, ça joue, il ne faut pas jouer, ça joue, je ne joue pas sur les mots.
Quand on a envie de chanter, uhhh, on chante, chantez ! On n’est pas là en train de ça chante.
Derrière la trompette, c’est pareil, il faut que ça s’intériorise comme le chant, c’est pareil. Chantez !
C’est de l’or !! Mais vous ne savez pas ce que vous avez fait, c’est pour ça que c’était bien.
Vous êtes bon, à condition de ne pas vous poser de questions, je vais vous dire ce qui s’est passé , vous avez eu une inspiration bien, propre, dans le bon sens, et puis ça a joué. A la fin de cette inspiration, ça jouait.
Encore !
Vivez votre inspiration ! Régalez vous !
Vous savez bien que dans la vie tout est basé sur la préparation.
On prépare, on prépare, on prépare.
Si on a bien préparé, bon, il y a une explosion qui est là, c’est comme en amour, tout est basé sur la préparation, quand tu as craché ta purée, tu as l’air d’un con !
Préparation, préparation, préparation,
Et puis forcément, au bout du compte, ça y est, ça joue, c’est la même chose, seulement il faut se régaler dans la préparation.
Il ne faut pas faire un exercice respiratoire, si on fait un exercice respiratoire, on se bloque, et puis il faut jouer, tandis que là, c’était très très bien, parce que ça jouait.
c’est la même chose, on ne le fait pas, on vit, il faut vivre, il n’y a pas de retour, c’est le non-retour, c’est le non-faire, voilà, ça s’appelle vivre et non faire, si on vit bien ça se fera, voilà ça joue, mettez la sauce et puis ça y est, c’est parti !
Dans ce son qu’on n’a pas fait, il y a toutes les couleurs.
On y va ... stop..., l’inspiration était moins bien, elle était un peu au sommet, il faut qu’elle arrive ici, sur le nombril, allez on y va ! Il faut se décontracter à la fin de l’inspiration, comme ça, ça joue.
Il n’y a pas besoin de se tourmenter puisque dans le son, que nous ne faisons pas, il y a tous les harmoniques, on a vécu le son, on ne l’a pas fait.
95 % des garcons aujourd’hui assurent le son qu’ils désirent, donc ils assurent, seulement, ils sont sur la gueule, ils sont sur un seul harmonique, ils ne sont pas sur le son, le son c’est quelque chose qui



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