Biographie trompetistes

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Miles Davis (1926-1992)
Un demi-siècle de jazz se trouve tout entier réuni dans un seul et même personnage.
Miles Davis comprend vite qu’il ne peut pas lutter contre la vélocité
impétueuse de Dizzy et trouve sa propre voie en privilégiant l’élongation du
temps, la ductilité du son et la prééminence de la note, il oppose une quiétude
patiente et cendreuse aux combustions flamboyantes et urgentes du bop.
Avant toute chose, Miles est devenu l’incarnation d’un son. Une vibration singulière,
un timbre qui se loge au creux du tympan, une note effilée, au bord
de la rupture. Quand d’autres travaillent dans la débauche technique et
l’expressionnisme incantatoire, lui se contente de l’épure, du feulement, de la
sourde plainte. Il évoque, effleure et suggère, souffle quelques confidences
secrètes, à peine ébauchées, joue parfois sur l’incise pour mieux révéler l’évanescence.
La nonchalance délicate n’est qu’apparence, elle cache une forte
tension intérieure, une violence contenue, un drame trop profond pour être
impudiquement déversé. Derrière la soie, il y a le métal, sous le frisson languide,
se cache une lame acérée, dans la fragilité vaporeuse, veille une
sévérité implacable.

Chet Baker (1929-1988)
Des errances du jeune play-boy à la lippe sensuelle et au sourire
angélique jusqu’aux souffrances du vieil outlaw au visage émacié
et buriné, il va se passer quelques années de vagabondages
tumultueux. Avec une sonorité de trompette délicate, avec un
sens bien particulier de la paraphrase boudeuse et de l’esquisse
pulpeuse, le jeu de Chet Baker se caractérise avant tout par un
souci du moindre effet. Au premier abord, l’édifice semble
précaire, un peu fragile, presque fêlé, mais il s’insinue au fil
de l’écoute une impression sourde et tenace de communication
pudique, de complicité tranquille, de relation secrète, de choses
non dites et qui n’ont pas besoin de l’être. Comme ces enfants
rêveurs qui jouent au funambule sur le bord des trottoirs, les bras
écartés, en équilibre instable, entre le bitume et le caniveau,
pour éviter une chute fatale et dérisoire.

Wynton Marsalis (1961)
Né à la Nouvelle-Orléans et fils du pianiste Ellis Marsalis, ce
trompettiste phénoménal verra tous les projecteurs se braquer
sur lui lors de son arrivée dans les Jazz Messengers en 1979.
Une fois de plus, Blakey a servi de détonateur. On dénombre
certes les multiples influences de Dizzy Gillespie (pour les cataractes
vertigineuses), une touche de Clifford Brown (clarté
mélodique) et une pointe de Lee Morgan (dans les astuces
techniques et les relances énergiquement articulées),
évidemment enveloppées par les ombres de Miles Davis
(période 50/60 avec sourdine brumeuse) et même de Louis
Armstrong (pour le timbre parfois claironnant), mais au bout
du compte, il reste un son Marsalis, une identité propre
(personnelle et non pas hygiénique) qui va se développer
et s’affirmer en une courte décennie menée tambour battant.

Steve Coleman (1956)
Chef de file naturel du M’Base, défendant avec ses amis une
musique ronflante où la vitalité, l’urgence et la pulsion sensuelle
dominent, où bouillonnent les percussions traditionnelles et les
computers, les claquements bruts des cuivres et les recherches
synthétiques. Ni plagiat de Miles, ni funk-rap de ghetto, ni freebop,
le M’Base brûle les étapes et présente une originalité fondée
sur l’art du contraste et de l’encastrement, sans que le son incisif
du soprano et les dérives musclées de l’alto de Steve Coleman
ne souffrent d’aucune comparaison. Si avec Wynton Marsalis,
l’ère classique ne fait que commencer, on pourrait presque dire
qu’avec Steve Coleman, la Great Black Music commence à se faire.

Quincy Jones (1933)
Trompettiste, compositeur,
arrangeur producteur, Quincy
Jones a fait preuve d’un bel
oecuménisme. Habile, patient,
en pleine communion avec les
artistes qu’il dirige, coloriste
aux nuances larges, allant
sans complexe du gospel à
l’electro-beat, en passant par
les violonnades onctueuses ou
les guitares heavy metal ,
du jazz sophistiqué au rhythm’n’
blues basique, de Sarah Vaughan
à Michael Jackson, et du
be bop au hip hop.






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