The Great Awakening
Retour à l'index la-trompette.comDès 1750, un grand mouvement religieux intitulé : «The Great Awakening» (Le Grand Réveil) s’étend dans toutes les colonies américaines. Près d’un demi-siècle auparavant, le pasteur et médecin anglais Isaac Watts a introduit des recueils d’hymnes et de psaumes en Nouvelle-Angleterre. La publication de ces ouvrages rencontre un certain écho auprès des esclaves pour la plupart évangélisés par leurs maîtres protestants. Profondément religieux, familiarisés avec les manifestations surnaturelles et habités par le sens du divin, les Noirs adaptent (plus qu’ils ne l’adoptent) la religion chrétienne à leurs conceptions animistes et aux dieux de la terre africaine. Cependant, dans les premiers temps de l’esclavage, l’austérité protestante, l’absence de manifestations fétichistes (contrairement à la liturgie catholique en usage aux Caraïbes et dans le sud du continent) et les frontières raciales freinent l’extension de la pratique religieuse dans la population noire. Il faudra attendre le «Second Awakening» (Second Réveil), qui domine la vie religieuse entre 1780 et 1850, pour voir s’amplifier un mouvement mystique qui rassemble d’impressionnantes foules lors de «Camp
Meetings» entièrement dédiés à la prière.
Les esclaves utilisent peu les textes des livres de cantiques, ils interprètent des mélodies de leur propre cru, inventent des déclarations ferventes et créent des prières spontanées, assemblées à des fragments d’hymnes ou intercalées avec des refrains de l’Écriture, obéissant ainsi à une tradition séculaire d’improvisation et de lyrisme poétique. Les souffrances quotidiennes, les déceptions, les déchirures morales se trouvent ainsi mêlées à de courts passages d’hymnes officiels et enrichies par des exhortations enflammées à l’adresse du prédicateur. La véhémence des chants et la ferveur religieuse, conjuguées à la gestuelle hypnotique, souvent d’une virtuosité frénétique, créent un état d’extase religieuse où il n’est pas rare de voir un des participants tituber sous l’emprise de l’Esprit Saint qui vient l’habiter. Cette transposition des traditions africaines sur le sol américain donne naissance à un répertoire religieux spécifiquement noir que des pasteurs collecteront et éditeront largement au sein de la communauté. Longtemps relégués dans une partie réservée de l’église de leurs maîtres, les esclaves ont peu à peu édifié des paroisses indépendantes.
Révérend Richard
Allen (1760-1831)
Premier évêque
noir et créateur de
l’African Methodist
Episcopal Church,
il publia un recueil
de negro spirituals
qui fut abondamment
diffusé dans les
églises noires indépendantes.
D’autres
nombreux pasteurs
et musiciens noirs
suivront ses traces et
s’attacheront à retravailler
l’hymnologie
protestante classique
Thomas A. Dorsey (1900-1993)
Un homme au parcours singulier a
marqué de son empreinte le répertoire
sacré. Né à Atlanta, Thomas A. Dorsey
est considéré généralement comme un
des pères fondateurs du gospel moderne.
Après s’être fait connaître comme
chanteur de blues sous le nom de
Georgia Tom, il se consacre exclusivement
au chant religieux dans les années
30. Cet auteur de chansons plutôt
osées et caustiques, change
subitement de registre sous l’effet de la
Révélation. Il écrit des oeuvres d’inspiration
religieuse, dans la meilleure veine
baptiste, en y mêlant avec un superbe
naturel les éléments du blues et du jazz
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