Les instrumentistes

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«La première forme connue de la trompette est la tuba, instrument long ou court, droit ou légèrement recourbé, en bois ou en roseau, et que l'on tient dans le sens de la longueur, de sorte qu'on souffle dedans depuis l'extrémité.» Nous empruntons cette phrase (comme, du reste, la plupart de nos renseignements sur les origines de la trompette) à l'ouvrage de Curt Sachs (18811959) pour l'essentiel, les résultats des recherches effectuées par ce pionnier demeurent valables, aujourd'hui encore, et constituent le point de départ des travaux à venir.
Les toutes premières trompettes n'avaient ni embouchure ni pavillon. On ne soufflait même pas dedans, car il s'agissait de simples porte-voix destinés à transformer la voix de l'utilisateur. C'était, sur le plan acoustique, l'équivalent de ce qu'est le masque sur le plan visuel. Ainsi déformée, la voix humaine était censée chasser les mauvais esprits. Ces trompettes-mégaphones étaient utilisées lors de certains rites religieux et magiques: circoncision, ensevelissement, rites célébrés au coucher du soleil. Seuls les hommes les utilisaient, de sorte qu'elles étaient associées au sexe masculin, contrairement à certains types de tambours, par exemple, qui passaient pour être féminins. On rencontre encore des trompettes de ce genre chez les peuples archaïques de Nouvelle-Guinée et du nord-ouest du Brésil, ainsi qu'en Australie, où elles sont appelées didjéridu (voir p. 33). On connaît d'autres instruments apparentés à ce type de trompette: la «trompette»
traversière africaine, qui n'est pas une trompette à proprement parler, puisqu'elle consiste en une corne d'antilope, une défense d'éléphant ou même en un morceau de bois taillé de façon à imiter ces objets naturels, et la trompette hélicoïdale d'Océanie, destinée tant à servir de signal qu'à chasser les esprits et qui est en rapport avec les idées de mort, de sacrifice et de guerre. On distingue ici deux types: I° le triton, le fusus et le strombus, dont on joue latéralement, et 2° la cassis, dont on joue longitudinalement. L'expression «coquillage-trompette» n'est pas appropriée.
Les Egyptiens
Chez les Egyptiens, la trompette était un accessoire militaire et liturgique; en écriture hiéroglyphique, on l'appelait snb. Nous savons que, vers 1415 av. J.-C., des soldats en jouèrent. Le dieu Osiris passait pour être l'inventeur de la trompette; c'est pourquoi on l'utilisait lors des mystères célébrés en son honneur. Pas plus que pour les trompettes antérieures, nous n'avons de document attestant un usage spécifiquement musical de l'instrument. Plutarque compare le son de la trompette égyptienne au braiment de l'âne (voir p. 8).
En 1922, une découverte fit sensation: celle du tombeau de Tout-ankh-Amon, pharaon de la XVIIIC" dynastie, qui vécut vers 1350 av. J.-C. On devait y trouver deux trompettes égyptiennes. L'une est en argent, mesure 58,2 cm de long et son diamètre va de 1,7 à 2,6 cm, car elle est conique. L'autre, en bronze, a 5°,5 cm de long et une taille semblable. Toutes deux ont un pavillon large, mais ne présentent pas d'embouchure digne de ce nom (l'extrémité du tube est simplement arrondie). Une troisième trompette égyptienne se trouve au Musée du Louvre.
Les Assyriens
Ce peuple guerrier (1160-625 av. J.-C.), qui fut au faîte de sa puissance vers 670 av. J.-C., connaissait la trompette. Nous possédons des représentations de soldats en train d'en jouer.
Les Israélites
Nous avons cité à la page 6 l'ordre que Dieu donna à Moïse de faire «deux trompettes d'argent battu». Chez les Israélites, les trompettes étaient l'apanage exclusif des prêtres; seuls Aaron et ses descendants sonnèrent donc de ces instruments sacrés. Le chapitre 10 du Livre des Nombres nous renseigne assez en détail sur leur usage: elles servaient à donner l'alarme, à annoncer les assemblées et à accompagner les sacrifices d'actions de grâces. Voici, dans une traduction publiée en 1659, les versets 9 et Io de ce chapitre:
Et quand vous marcherez en bataille en vostre païs, à l'encontre de vostre adversaire qui vous vient assaillir, vous sonnerez des trompettes avec retentissement bruyant, & vous-vous ramentevrez à [ =- vous serez présents au souvenir de] l'Eternel vostre Dieu, & serez garentis de vos ennemis. Aussi au temps de vostre réjouissance, en vos festes solemnelles, & au commencement de vos mois, vous sonnerez des trompettes sur vos holocaustes, & sur vos sacrifices de prosperitez, & elles vous serviront de memorial devant vostre Dieu: Je suis l'Eternel vostre Dieu.
La trompette, appelée «Chatzozrâh», se jouait de deux façons. Luther a traduit le verbe hébreu thàqa «schlicht blasen» (souffler simplement, ce qui correspond, dans la Bible de 1659, à «sonner sans retentissement bruyant») et l'expression [faire de la] theru-'-ah «drommeten» (littéralement «trompetter», autrement dit «sonner avec retentissement bruyant»). Cette dernière technique consistait (selon J.E. Altenburg, 1795, p. 14) à produire un son «détaché et modulé... autrement dit à articuler distinctement plusieurs notes différentes», tandis que la première produisait «un son égal et ininterrompu». C'était soit un seul prêtre, soit deux, qui «soufflaient simplement» (ou «également»); il en fallait toujours deux pour «trompetter».
Citant la Concordance (index des mots figurant dans la Bible) de Fesselius, J.E. Altenburg distingue deux types principaux d'usage de la trompette en Israël:
I. Pour réunir toute l'assemblée, quand on soufflait simplement des deux; et pour réunir les princes et chefs du peuple quand on ne soufflait que d'une seule...
II. Au lever du camp, a) vers l'Orient, quand les prêtres «trompettaient» pour la première fois, et b)vers le midi, quand cela se produisait pour la seconde fois.
Lors de la consécration du Temple de Salomon, 120 prêtres sonnèrent de la trompette; «et ce fut comme si un seul homme sonnait de la trompette et chantait, comme si l'on entendait une seule voix louer le Seigneur» (II Chron. 5, 13).
Selon une description due à Flavius Josèphe (37-env. z0o ap. J.-C.), la trompette juive mesurait une petite aune (45,72 cm). Ces trompettes sont représentées sur l'arc de triomphe que Titus fit élever à Rome en l'an 70 après avoir pris Jérusalem et ramené dans son butin les objets du culte (voir p. 34). Chez les Israélites, donc, la trompette était un instrument donné par Dieu, un instrument sacré, mais elle avait également un usage militaire. A l'instar de la nôtre, elle impressionnait par l'éclat de son timbre, comme le montre bien le récit de la Dédicace. Vers la fin du baroque, J.E. Altenburg se réfère, nous l'avons vu, à la grande estime dans laquelle la trompette était tenue en Israël pour prendre la dé
fense de l'instrument, qui connaissait alors une éclipse. On remarquera que les Israélites furent les premiers à signaler la double nature de la sonorité de la trompette. Plus tard, J.E. Altenburg devait comparer le jeu «avec retentissement bruyant» et le jeu «sans retentissement bruyant» à l'usage militaire de la trompette et à son usage solistique respectivement.
Les Grecs
Bien que nous soyons relativement bien informés de la théorie musicale des Grecs, nous ne savons pratiquement rien sur l'emploi de leur trompette, appelée salpinx. Il semble qu'il se soit agi d'un instrument exclusivement militaire. Toutefois, l'art de jouer de la trompette était également une discipline olympique, et les textes parlent d'un certain Achias: non seulement il avait été vainqueur trois fois, mais une colonne fut dressée en son honneur à cause de son talent exceptionnel.
Par bonheur, nous possédons un salpinx. Il date de la seconde moitié du Ve siècle av. J.-C. et est actuellement conservé au Museum of Fine Arts de Boston (voir p. 35). Il mesure 157 cm, donc est plus long que la Chatzeitzrâh des Israélites, et se compose de treize éléments cylindriques en ivoire, fixés les uns aux autres par de larges anneaux de bronze. De modestes dimensions, le pavillon est en bronze moulé, de même que l'embouchure, qui n'est en fait qu'un élargissement du tube. Eschyle dit que le son du salpinx est «perçant».
Ilop

Les Etrusques
Les Etrusques étaient un peuple particulièrement mélomane. Leurs flûtes attiraient le gibier vers les pièges ou accompagnaient les travaux au rythme régulier, tel le pétrissage de la pâte. Chez eux, la trompette était un instrument militaire. Dans les Euménides, Eschyle loue le timbre de la «trompette d'Etrurie» (il dit: Tuomrixii oetkniy, que l'on traduit en latin Tyrrhenica tuba, expression qui signifie en effet sans doute «trompette des Etrusques» plutôt que «des Tyrsènes»; cf. les vers 567 s.). Les trois trompettes romaines, la tuba, le lituus et le cornu, avaient été empruntées aux Etrusques, qui en sonnaient lors des processions et pendant les batailles. Selon Virgile (Enéide VIII, 256), leurs devins croyaient qu'elles proclamaient la volonté des dieux ou même la fin d'une ère.
Les Romains
Les Romains connaissaient plusieurs cuivres, dont deux sont à classer dans la famille des trompettes. Tous les cuivres des Romains, empruntés aux Etrusques, étaient en bronze et comportaient une embouchure amovible.
La tuba était plus longue que la Chatz6tzrâh, mais plus courte que le salpinx. Un exemplaire, conservé au Musée étrusque de Rome, mesure 117 cm de long. La tuba était conique d'un bout à l'autre; le tube de bronze de l'exemplaire en question commence, côté embouchure, pari cm de diamètre et, avant le pavillon légèrement évasé, aboutit à 2,79 cm.
Le lituus était de longueur variable; trois exemplaires que nous possédons mesurent respectivement 78, 79,5 et 140 cm. Par sa forme, il remonte au type primitif de la trompette de roseau et est apparenté à la karnyx des Celtes (voir infra). De toute évidence, il a commencé par consister en un tube de roseau ou autre plante sur lequel on fixait, en guise de pavillon, une corne d'animal; les litui romains en bronze ne rappellent plus leur modèle préhistorique que par leur profil en J.
Le cornu, long instrument recourbé, en bronze, en forme de G, était le troisième instrument à vent des Romains; toutefois, ce n'était pas une trompette au sens de notre définition.
Une certaine imprécision subsiste au sujet de la buc(c)ina, autre instrument romain. Il semble qu'elle ait affecté tantôt la forme d'un lituus, tantôt celle d'un cornu.
Les trompettes romaines étaient avant tout des instruments militaires. La tuba aurait été celui de l'infanterie, le lituus celui de la cavalerie. Nous sommes renseignés sur les ordres communiqués au moyen de sonneries de trompettes par Flavius Vegetius; cet auteur tient dans l'histoire de la trompette romaine la même place que J.E. Altenburg dans celle de la trompette baroque. C'est après la défaite infligée à l'armée romaine par les Goths à Adrianopolis (378) que Vegetius écrivit son traité De re militari. La décadence de l'appareil militaire romain, qui avait longtemps fonctionné de façon impeccable, était déjà trop avancée pour qu'il fût encore possible, comme le demandait Vegetius, de revenir aux vertus antiques, la discipline et le courage.
Voici ce que dit Vegetius au sujet des ordres donnés sous forme de sonneries:
La musique de la légion se compose de tubae, de cornua et de buccinae. La tuba sonne pour l'attaque et le repli. Les cornua ne sont utilisées que pour indiquer les mouvements des étendards... Le classicum, sonnerie particulière de buccina ou de cornu, est réservé au commandant en chef...
Le timbre de ces instruments romains ne devait pas être très beau. Les auteurs de l'Antiquité décrivent celui de la tuba comme effrayant, terrifiant, rauque et grossier («horribilis», «terribilis», «raucus», «rudis»). Celui des litui, qui sont plus courts, était bien entendu «acutus», aigu, mais ces instruments produisaient également un grand vacarme («stridor» et «strepens» en latin). La pression qu'ils exigeaient était évidemment considérable. Souvent, pour jouer de la tuba, on ?attachait autour des joues le «capistrum» des joueurs d'aulos afin d'éviter de les gonfler exagérément.
Les cuivres des Romains étaient également utilisés dans les arènes. Les textes nous apprennent que la tuba, le cornu et l'hydraule, forme antique de l'orgue, se faisaient entendre ensemble lors des combats de gladiateurs (voir fig. p. 36; voir aussi, dans la même collection, Friedrich Jakob, L'Orgue, Payot, Lausanne, 1970, illustration de la p. 8).
Depuis la Constitution de Servius (milieu du Ve siècle av. J.-C.), les musiciens de l'armée romaine constituaient deux centuries et appartenaient à la cinquième classe des citoyens électeurs. Depuis Septime Sévère
(193-211), ils purent constituer des collèges. Nous possédons les statuts de l'une de ces légions, fixée à Lambaesis (Afrique du Nord); elle comprenait trente-cinq cornicines et trente-sept tubicines, chacun de ces groupes ayant à sa tête un optio.
La tuba était également un instrument religieux, utilisé lors du culte public. En outre, «on célébrait chaque année solennellement la fête des trompettes (tubilustrium), quand, au mois d'avril, le dernier jour des Quinquatriorum, on sonnait publiquement des trompettes utilisées pour les sacrifices, rite généralement accompagné du sacrifice d'un agneau. Le 23 mai, les joueurs de trompette eux-mêmes le célébraient.» (J. E. Altenburg, p. 20).
Les Germains
Le Bronze germanique (1500-400 av. J.-C.) nous a laissé d'étranges cuivres, les lures, dont on sonnait vraisemblablement dans le cadre du culte. Nous possédons environ trois douzaines de ces instruments; ils ont été retrouvés en Norvège, en Suède, au Danemark, dans le nord de l'Allemagne et en Irlande. La plus importante collection de lures se trouve au Musée national de Copenhague.
La forme primitive de la lure aurait été une défense de mammouth, décorée par la suite avec du métal. Issue de cette trompe archaïque, la lure est un instrument du Bronze. Là encore, nous constatons une maîtrise parfaite de l'art du moulage (voir infra, résumé). Les lures, que l'on a toujours retrouvées par paires, ont la forme d'un S, la seconde courbe étant sur un autre plan que la première. Le tube est conique de bout en bout et s'achève non pas par un pavillon, mais par une sorte de plateau décoré, en particulier, de diverses sortes d'hémisphères. Les embouchures ont manifestement subi une évolution. Les premières étaient de simples renflements de l'extrémité du tube; plus tard, on trouve presque déjà la forme moderne (cuvette). Gardons-nous cependant d'en déduire que l'on jouait de la Lure avec la technique qui nous est familière. Tous les auteurs de l'Antiquité, sans exception, disent que ces instruments étaient déplaisants à entendre. Il semble même que l'on n'en ait pas joué en accords ou à deux voix. Au contraire, tout ce que nous savons de la musique primitive, quel que soit le peuple considéré, nous amène à supposer que l'on sonnait des lures soit à l'unisson, soit l'une après l'autre.

Les Celtes
Les Celtes connaissaient, eux aussi, un instrument militaire apparenté à la trompette, la karnyx. A l'instar du lituus romain, elle commença par être la combinaison d'un roseau et d'une corne de vache, pour finir par être un instrument entièrement en bronze, en forme de crochet. Les karnyx les plus récentes avaient un pavillon extraordinaire, en forme de tête de dragon; elles furent reproduites en 113 ap. J.-C. sur l'Arc d'Hadrien, à Rome. Il semble que la karnyx ait influencé la forme du lituus durant un certain temps, car ce dernier adopta la tête de dragon; ensuite, les litui les plus ré-cents, ceux qui sont caractéristiques, sont à nouveau plus simples.
Résumé
A l'exception de la Chatzatzfah des Juifs, qui était en argent battu, il semble que toutes les trompettes de métal des temps anciens aient été en bronze et qu'on les ait fabriquées selon la méthode dite de la cire perdue. Autour d'un noyau solide, on façonnait en cire la forme que l'on voulait donner au tube (droite pour la tuba, courbe pour la Lure, par exemple) et on entourait le tout d'une gaine d'argile. Quand on versait le bronze liquide à l'intérieur, la cire fondait. Le tube ainsi obtenu avait une paroi relativement épaisse. Il semble que les Sarrasins aient été les premiers à confectionner des trompettes en tôle mince (voir infra).
Ce qui frappe à propos des divers types de trompettes, depuis les premiers essais préhistoriques jusqu'aux Romains, c'est que leur usage était soit militaire, soit religieux. De tous les peuples civilisés de l'Antiquité, les Israélites sont assurément celui chez qui les trompettistes ont joui de la position sociale la plus élevée, puisque seuls les prêtres avaient le droit, parmi eux, de sonner des trompettes.
La trompette préhistorique et antique ne servait qu'à communiquer des informations; elle n'était pas un instrument de musique au sens que nous donnons aujourd'hui à cette expression. Le son de ces instruments passait pour inspirer la terreur et on le comparait au braiment de l'âne.

Inde
La trompette de l'Inde méridionale, qui s'appelait tirucinnam en tamoul, ressemblait à celle d'Assyrie et à celle d'Égypte. Elle mesurait environ 75 cm de long, présentait une perce cylindrique large et un pavillon étroit et conique, mais était sans embouchure. La raison de l'absence d'embouchure est évidente: le joueur de tiruêinnam sonnait toujours de deux instruments simultanément.
Il existait aussi une trompette hélicoïdale, dans laquelle on soufflait par une extrémité et qui s'appelait Sankha en sanscrit; nous ne la mentionnons qu'à cause de son usage exclusivement religieux. On dit qu'au dernier jour, quand le monde disparaîtra dans les flammes, Shiva sonnera de cet instrument, un peu comme les sept anges du Jugement Dernier.
La trompette moderne de l'Inde septentrionale parait dériver de trompettes d'Asie centrale et d'Extrême-Orient, ou du moins leur être apparentée. Comme la trompette chinoise (voir ci-dessous), elle est étroite e; conique et se compose de quatre éléments démontables, dont les extrémités portent une pomme

Chine et Tibet
A côté de la trompette hélicoïdale, jouée depuis l'extrémité (en chinois: haï lo, en japonais: bora), et qui était l'instrument des marins et des prêtres du boud-
dhisme, il existait en Chine une trompette de métal, très longue et cylindrique (en chinois: hao t'ung, en japonais: dokaku), qui doit prendre appui sur le sol tandis qu'on en joue. A la place d'un pavillon, elle comporte un long et large cylindre de bois, de fer ou de laiton. Le tube peut être enfoncé dans ce cylindre. On joue de la hao t'ung lors des enterrements.
La trompette de métal usuelle en Chine, la la pa (en japonais: dokaku), qui doit prendre appui sur le sol lait rapal. Elle était de perce conique petite et se composait de deux ou trois éléments démontables qui, comme nous l'avons vu à propos de la trompette du nord de l'Inde, plus récente, étaient arrêtés par des pommes; l'extrémité du pavillon était assez évasé.
Le dung, trompette géante du Tibet, peut mesurer jusqu'à 5 m de long. Il est en cuivre, de perce conique et, lui aussi, se compose de plusieurs éléments à pommes, qui rentrent les uns dans les autres selon le principe du télescope. Le plus souvent, il prend appui sur le sol tandis qu'on en joue pour accompagner les rites des lamas. Comme beaucoup d'instruments asiatiques du type trompette qui lui sont apparentés, le dung a une embouchure large, mais très plate. On ne peut en tirer que des sons graves, des sortes de ronflements.

Résumé
Les trompettes d'Asie présentent les mêmes caractères communs que celles de la préhistoire et de l'Antiquité. Elles étaient manifestement utilisées lors du culte et peut-être aussi à la guerre; chez elles non plus, il n'est pas question d'une utilisation musicale au sens où nous l'entendons aujourd'hui. On remarque, en particulier, la présence de plusieurs pommes. En Asie, ces pommes servaient à délimiter les divers éléments du tube, puisque plusieurs éléments étaient fichés les uns dans les autres. On trouve également des pommes rudimentaires sur les lures des anciens Germains; ces instruments eux aussi se composent d'ailleurs de plusieurs éléments, mais ils ne sont pas enfoncés les uns dans les autres. Nous avons déjà vu que la trompette naturelle (baroque) comportait une pomme, uniquement décorative dans son cas. Peut-être la pomme a-t-elle été ramenée d'Orient à l'occasion des Croisades, par l'intermédiaire des Sarrasins. Nous traiterons plus en détail, dans ce qui suit, de ces aspects de l'évolution de la trompette ainsi que de quelques autres.
Avec la prise de Rome par les Wisigoths sous Alaric (410) et par les Vandales sous Genséric (455), l'Empire d'Occident vit sa fin approcher à grands pas. Dégénérée, la civilisation romaine s'effondra brutalement en 476, quand le Germain Odoacre, qui commandait une troupe de mercenaires, déposa le dernier empereur d'Occident, Romulus Augustulus, qui n'avait que quatorze ans. On admet généralement que la chute de l'Empire d'Occident entraîna la perte de nombreux éléments de la civilisation romaine, dont la trompette. Les Germains semblent n'avoir connu que des instruments militaires consistant en cornes de buffle ou d'au- rock.
Bien qu'il n'y ait pas eu de place pour la trompette dans la liturgie chrétienne, elle survécut, paradoxalement, dans les écrits des Pères de l'Eglise et dans la peinture religieuse. Les mots salpinx (dans les versions grecques de l'Ancien Testament et dans le Nouveau Testament) et tuba (dans les versions latines de la Bible) désignèrent alors indistinctement d'une part les deux instruments à vent des Juifs (le schofar, qui est une corne de bélier, et la Chatzôtzràh), d'autre part divers instruments plus récents, dans lesquels les arts plastiques nous permettent généralement de reconnaître des cornes d'animaux. (Luther a été le premier, dans sa traduction allemande de la Bible, à remplacer ces termes par Posaune, qui désigne le trombone en allemand moderne, commettant ainsi une erreur qui s'est définitivement installée, dans le vocabulaire allemand; un Posaunenengel devrait, logiquement, jouer de la trompette ou tout au plus du cor.) Inspirés par l'Apocalypse (rédigée vers l'an 95-96), où (en I, I0, voir infra) la voix de Dieu est comparée à un salpinx, les Pères de l'Eglise assimilèrent le salpinx ou la tuba à la voix des anges. Ayant lu leurs traités, le théoricien Cassiodore (env. 485—env. 580) décrivit en ces termes, dans son exégèse de Ps. XLVI (XLVII de la Bible hébraïque), 6, la sonorité impressionnante de cet instrument: «La voix de la tuba représente les paroles des anges, dont le grand bruit remplissait l'air et l'ébranlait.»
Parmi les représentations de la tuba, celles qui illustrent l'Apocalypse sont particulièrement remarquables. L'effet produit directement par la tuba lors du Jugement Dernier est visible sur une illustration du Livre de péricopes de Henri II (début du XIe siècle) (voir p. 38). Quatre anges soufflent dans quatre cornes d'animaux. Les ressuscités, un pied encore dans la tombe, écoutent le «grand bruit» avec une attention soutenue.
Dans deux livres illustrés, des formes antiques de la trompette paraissent avoir survécu, là où l'on attendrait la corne d'animal habituelle. Dans un évangéliaire irlandais du VIIIe siècle, conservé à Saint-Gall, les longs instruments droits et coniques du Jugement Dernier rappellent fortement le salpinx grec: comme lui, ils se composent de plusieurs éléments (simplement, le salpinx était cylindrique et non pas conique). D'autre part, un instrument conique de longueur moyenne, ressemblant à la tuba romaine, apparaît dans l'Apocalypse de Trèves (première moitié du IXe siècle). Dans ces deux cas, on peut expliquer la présence
de trompettes apparemment antiques de la façon suivante: les artistes n'ont pas dessiné d'après nature, mais ont respecté la tradition de l'imagerie, autrement dit ont copié des illustrations antérieures qui ne sont pas parvenues jusqu'à nous. Leurs oeuvres ne peuvent donc pas être invoquées pour prouver qu'il existait réellement des instruments antiques aux VIIIe et IXe siècles.




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