Les embouchures

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Les embouchures de 1400à 1600
Les premières embouchures sont issues d'un simple renflement de l'extrémité du tube permettant d'y appliquer les lèvres; nous en avons vu un exemple avec les trompettes de la Cantoria de Luca della Robbia. Jusqu'à i600, parallèlement à l'évolution de l'art de l'exécutant, des formes de plus en plus complexes d'embouchures se succédèrent; tandis que les plus anciennes se composaient de nombreux éléments en tôle, les plus récentes furent fondues. A une date se situant entre 1400 et 1500, on se mit vraisemblablement à les fondre. Mais, en 1578 encore, Jacob Steiger confectionna artistement à partir de sept éléments l'embouchure d'une trompette destinée à la ville de Bâle, comme le montrent la radiographie (voir p. 74) et le dessin ci-dessous. La première illustration montre l'évolution possible des embouchures prises dans l'extrémité du tube jusqu'à l'embouchure fondue, la seconde présente en décomposition l'embouchure bâloise de 1578.

La facture jusque vers I400
Comme nous l'avons déjà vu, la plupart des trompettes antiques en métal étaient de bronze fondu. Seules les trompettes d'Israël étaient en argent «battu», autrement dit confectionnée à partir de tôle mince. Cette seconde technique, qui correspond à celle d'aujourd'hui, aurait également été celle des Sarrasins. Les Croisades ont ainsi fait connaître à l'Occident non seulement des formes et noms d'instruments, mais également leur méthode de fabrication.
Le lecteur aura certainement remarqué que toutes les trompettes du bas Moyen Age que nous reproduisons, qu'elles soient courtes ou longues, sont en tout cas droites. A l'époque, il était relativement simple de fabriquer une trompette. Il n'existait pas de facteurs de trompettes exerçant une profession distincte, car, pour construire les cuivres de l'époque, l'essentiel était de savoir confectionner le tube. Ce n'est certainement pas un hasard si la corporation des facteurs de ces instruments que nous appelons précisément «cuivres» est issue, vers 15oo, de celle des forgerons de cuivre, pour ce qui est de Nuremberg et, à Paris, de celle des chaudronniers.
Pour obtenir un tube cylindrique, on devait: a) prendre une feuille de métal plate, mince et rectangulaire, le plus souvent du laiton ou un autre alliage, parfois de l'argent, coupée à la longueur voulue et b) l'appliquer contre un cylindre pour la rouler; c) rogner plus ou moins les bords, les rapprocher et les souder l'un à l'autre; les trompettes longues se composaient de plusieurs éléments de ce genre, enfilés l'un dans l'autre.
Le dernier tube, celui qui s'achève par le pavillon, était confectionné de la même façon, sauf que la feuille de métal était non pas un rectangle, mais une sorte de trapézoïde d). On découpait des dents dans l'un des grands côtés e) et on repliait une dent sur deux f); l'autre grand côté était forcé dans les intervalles ainsi constitués g), puis le tout était soudé, donnant l'ébauche h). La partie soudée étant plus épaisse que le reste, on la martelait pour uniformiser l'épaisseur. L'évasement du pavillon s'obtenait en le martelant sur une enclume i).
Les dents étaient nécessaires parce qu'une simple soudure comme celle des tubes aurait pu sauter au moment ou l'on martelait le pavillon. Sur des pavillons provenant du XVIC au XIXe siècle, on voit qu'il n'y avait de dents que là où la tôle subissait l'étirement maximum, autrement dit là où commence l'évasement du pavillon. Vers le milieu du pavillon, le nombre des dents va généralement diminuant, de sorte que le reste de ce tube était confectionné comme un tube ordinaire.
La révolution de 1400 dans la facture des cuivres
Peu avant 140o, les facteurs découvrirent une technique nouvelle: courber les tubes eux-mêmes. Avant eux, les anciens Germains du Nord, les Etrusques et les Romains avaient obtenu leurs lures et cornua courbes en coulant du métal dans une forme par la méthode de la cire perdue. Les facteurs de la fin du Moyen Age bénéficièrent de ce qu'à leur époque on savait que chaque métal a sa température de fusion. Le cuivre, par exemple, qui était toujours le composant principal du laiton, fond à 1083° C, un alliage normal de laiton (70 % de cuivre et 30 % de zinc) fond vers 900° C, et le plomb dès 327° C. Si donc on remplit un segment de tube droit, tel que c), de plomb en fusion et si on le laisse en position verticale jusqu'à ce que le plomb se refroidisse et redevienne solide, on peut courber ce segment de tube. Ce faisant, il faut veiller à ce que le métal ne se déchire pas du côté extérieur de la courbure et ne se plisse pas exagérément du côté intérieur. Pour éviter les plis, on martèle soigneusement le métal tout en le courbant. Par prudence, on fait en sorte que la délicate soudure ne se trouve ni à l'extérieur, ni complètement à l'intérieur, mais plutôt dans la moitié intérieure de la courbure k). Dès que celle-ci est terminée, on liquéfie à nouveau le plomb, et le segment courbe (la potence) peut être fixé à d'autres éléments.
Vers 1400, deux nouveaux types de trompettes
Cette technique nouvelle entraîna une véritable révolution. Grâce à elle, on peut fabriquer des trompettes soit en forme de S, soit dans la forme oblongue qui nous est familière aujourd'hui. C'est ainsi que la longueur de l'instrument, qui avait fini par atteindre 2 m, comme le montrent des représentations connues (voir p. 76), put être ramenée à un tiers environ de la longueur réelle du tube. La buisine interminable et malcommode fit ainsi place à la trompette oblongue que l'on pouvait emporter sans encombre à la guerre ou pour des cérémonies, sans risquer de l'endommager, ce qui pouvait toujours se produire avec les instruments de grande longueur.
La première représentation d'une trompette en S date de 1397 et provient des stalles de la cathédrale de Worcester. Quant à la trompette que nous avons qualifiée d'oblongue, l'une de ses premières représentations figure sur la Cantoria de Luca della Robbia; cet instrument se trouve derrière les deux longues trompettes droites dont nous avons parlé plus haut. A partir de 1500 environ, la trompette oblongue a détrôné partout les deux autres formes. Elle était la forme habituelle de la trompette à l'époque baroque et nous la connaissons encore comme trompette utilitaire.
A peu près en même temps que l'on découvrait l'art de courber les tubes apparut une autre nouvelle sorte de trompette: la trompette à coulisse. Au début, la coulisse n'eut pas, comme dans le trombone actuel, la forme d'un U, mais consista en un prolongement de l'embouchure, à l'intérieur du premier tube de l'instrument et sur toute sa longueur. La coulisse était donc fixe et c'était le reste de l'instrument que l'on éloignait ou rapprochait de soi. Sur des volets d'orgue peints par Hans Memling vers 1490, on peut voir trois trompettistes dans un groupe d'anges musiciens (voir p. 75). Celui du milieu joue d'une trompette droite, les autres, de trompettes à coulisse de forme oblongue; ces dernières sont un peu tirées vers l'avant. Paraissant plus courtes que les trompettes droites, les deux formes nouvelles furent désignées par des diminutifs («trompette», alla. Trompete). Les diminutifs employés anté-
rieurement («trombetti» chez Dante, 1265-1321, Interna XXI, strophe 47, dernier vers du chant; les «trompetti» de Bologne, ces trompettes de ville dont nous avons parlé plus haut, etc.) se rapportaient vraisemblablement à des trompettes droites plus courtes. Il semble d'ailleurs que l'Angleterre ait adopté, à cet égard, une solution originale; Forman écrivit en effet en 1529: «A trompette is straight, but a Clarion is wounde in and out with a hope (= hoop)» (la trompette est droite, mais le «clarion» est recourbé dans les deux sens sur une feuille de fer). Alors que, sur le continent, la trompette oblongue était appelée, précisément, «trompette» ou «Trompete», on l'appelait cla-rion en Angleterre.





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