Musique sacrée
Retour à l'index la-trompette.comLa musique sacrée ancienne pour trompette à coulisse
Jusque-là interdite à l'église, sans doute à cause de son usage militaire (et avec quelques exceptions en Angle-terre), la trompette y fut volontiers admise dans sa version à coulisse et diverses compositions de musique religieuse impliquent sa présence. Il s'agit entre autres de la Missa trompetta, de Estienne Grossin (1420 env.), des Et in terra de Richard de Loqueville et de Arnold de Lantins, de l'Ave virgo de Johannes Franchois, du Virgo dulcis de Henri de Fribourg, de la Missa tubae de Cousin et d'un Kyrie tubae anonyme, outre l'Et in terra «ad modum tubae» de Dufay, ouvrage dans lequel des trompettes naturelles sont soit Utilisées, soit imitées par d'autres instruments. Dans ces oeuvres, la trompette à coulisse est appelée «trompette» et se charge essentiellement des voix de contre-ténor. La voix qu'elle joue se distingue des autres par les sauts fréquents de quarte et de quinte. On peut donc parler d'un «style d'écriture pour trompette (à coulisse)», et attribuer à cet instrument les parties qui, dans d'autres ouvrages, présentent le même caractère. En outre, le «style de trompettes» a été décrit, dans le même sens qu'ici, par un traité de théorie musicale allemand du début du XVe siècle (Breslau, Bibliothèque de l'Université, cart. IV, Qu. 16, Fol. 18), à propos de la musique profane instrumentale.
Tout récemment, une manufacture allemande d'instruments de musique (Meinl Lauber, de Geretsried, en Haute-Bavière) a reconstitué des trompettes à coulisse; il a donc été possible d'étudier les rapports entre cet instrument et la musique écrite pour lui. On se heurtait à une énigme qui, à ce jour, n'a pas été résolue de façon entièrement satisfaisante: la musique paraît intégralement notée dans un registre de l'instrument qui n'est pas celui qui conviendrait. Nous partons de l'idée que la trompette se jouait surtout dans la seconde octave de la série des partiels et que (par suite de l'expérience pratique faite avec les trompettes à coulisse reconstituées) chaque harmonique pouvait être abaissé d'un ton et demi au moyen de trois positions «plus graves» de la couliss
Compte tenu de l'instrument et de la technique actuelle, it est impossible de jouer cette note. Si l'instrument était plus grave d'une octave, ce qui impliquerait qu'il soit deux fois plus long, le bras de l'exécutant devrait être, lui aussi, deux fois plus long pour pouvoir coulisser assez loin; du reste, la peinture du XVe siècle ignore de tels instruments géants. On est obligé de songer à trois solutions possibles, la première nous paraissant la plus plausible. 1° Dans l'introduction du présent ouvrage, nous avons dit que l'on pouvait faire descendre les notes au moyen des lèvres; cette technique aurait permis de produire le ré absent; en 1619, Michael Praetorius a d'ailleurs décrit cette technique, qu'il souhaitait voir appliquer au trombone pour disposer de notes plus graves encore. 2° Un trombone à double coulisse aurait pu donner le ré en question, mais il faudrait alors qu'il ait été inventé avant la date à laquelle son existence est attestée. 3° Il se pourrait enfin que cette musique n'ait été jouée et chantée que transposée vers le haut.
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