L'empereur protège les trompettes
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Dans l'ancien Empire allemand, il semble que les trompettes aient bénéficié dès le début du XVe siècle de la protection des empereurs. Quand une ville voulait prendre un trompette à son service, elle devait demander un privilège impérial à cet effet. La première fois que nous savons que cela s'est produit c'était en 1416; il s'agissait de la nomination de Friderich Winsperg, trompette du Conseil de Bâle: la validité de son contrat est expressément rendue dépendante d'une opposition éventuelle de la part de «Sygmund, roi romain... ou de la reine, sa légitime épouse». L'année suivante, tandis que siégeait encore le Concile de Constance (1414-1418) qui mit fin au schisme de la papauté, Sigismond accorda aussi à cette ville le privilège d'entretenir des trompettes. Nuremberg suivit en 1431, Augsbourg et Ulm en 1434. Un siècle plus tard, le Reichstag d'Augsbourg donna aux trompettes la possibilité de former des confréries à l'échelon local; l'article 37 de l'ordonnance de police promulguée en 1548 dit expressément que les tisserands, barbiers, bergers, meuniers, douaniers, fifres, trompettes, porteurs d'eau et leurs parents qui les ont mis au monde ainsi que leurs enfants, s'ils mènent une vie honorable et louable, ne seront désormais exclus ni des corporations, ni des confréries, ni des emplois, ni des guildes, mais y seront accueillis comme les autres artisans honnêtes.
En 1577, cet édit fut confirmé par une autre décision du Reichstag. Puis, en 1623, il fut constitué une corporation impériale des trompettes et timbaliers, regroupant plusieurs provinces et dont nous reparlerons plus loin.
La musique des trompettes de cour; apparition du registre de clarino
Les trompettes de cour avaient une place à part parmi les groupes de musiciens et on peut les considérer comme de véritables attributs des cours princières. Ils jouaient lors des tournois et autres divertissements de chevalerie, pendant les repas, lors des fêtes et, dans le courant du XVIe siècle, à l'église.
Comme nous ne possédons pas de documents musicaux de l'époque, force nous est de reconstituer le genre de musique que les ensembles de trompettes des cours princières pouvaient jouer.
Tout d'abord, nous savons que les trompettes — mais il faut dès lors les appeler «trompettistes» — improvisaient. Nous savons aussi que, vers l'an 130o, la trompette ne se jouait que dans le grave; il est vraisemblable qu'il en allait encore de même vers 1400-14S0, puisque c'est à cette époque que le trombone, instrument grave, est issu de la trompette.
Au cours des années qui suivirent, les trompettistes apprirent à jouer dans l'aigu également. Avant 158o s'était constitué l'ensemble de trompettes à cinq voix qui caractérise l'époque baroque et dans lequel chaque exécutant improvisait dans l'un des registres de la trompette naturelle (chacun dans un registre différent). Un jour, l'archiduchesse Marie de Bavière écrivit de Graz à son frère Guillaume V (qui régna de 1579 à I 597), à Munich, manifestement pour lui demander de lui envoyer la musique de ses trompettistes; il lui répondit: «Pour ce qui est de la musique qu'utilisent mes trompettistes, si c'est à cela que tu penses, ils ne jouent que quand on prend place à table et ce qu'ils jouent n'est pas écrit, car ils font tout de tête.»
Les règles de l'improvisation furent mises en forme pour la première fois par Cesare Bendinelli (env. I 542-1617), dans sa méthode de trompette Tutta Parte della Trombetta, de 1614. Bendinelli, qui était originaire de Vérone, travailla tout d'abord à Schwerin, puis à Vienne et, de I 58o jusqu'à sa mort, fut le chef du corps de trompettes de la cour de Munich. Sa méthode comporte des oeuvres de lui et de trompettistes (allemands) en vue; il est probable qu'il l'avait déjà rédigée dans les années quatre-vingts du XVI' siècle, car les pièces datées de cet ouvrage remontent toutes à cette époque. (Voir son portrait, p. 79.)
Bendinelli partait du principe que ces ensembles comportaient cinq trompettes (dix si l'on répartissait les exécutants en deux «choeurs» jouant à des endroits différents). Sur les cinq voix, cependant, seule la seconde était imposée. Bendinelli l'appelait sonata, tandis que des auteurs ultérieurs lui donneront le nom de quinta ou principal. La troisième voix (alto e basso) imitait la seconde note pour note, un degré plus bas dans la série des partiels. La quatrième et la cinquième (vulgano et basso) tenaient simplement une note, le sole ou le dot, comme basse de l'harmonie. Quant à la voix supérieure, elle s'appelait clarino et se situait dans la quatrième octave des partiels.
Ainsi, quand on indiquait, pour la sonata (deuxième voix) un thème comme celui indiqué sous la lettre a (voir les exemples musicaux reproduits en haut de la
page), celui qui jouait la troisième voix improvisait comme indiqué en b, tandis que la quatrième et la cinquième correspondaient à peu près à c et que le clariniste déployait une mélodie au-dessus de tout cela (d). Il faut se représenter deux timbales venant s'ajouter au tout.
Puisque, nous l'avons vu, les pièces datées figurant dans la méthode de Bendinelli remontent aux années I 58o, nous pouvons considérer comme certain que les trompettistes de cette époque jouaient ou improvisaient de la façon que nous venons d'indiquer lors des processions, des tournois et autres manifestations de ce genre. Les pièces elles-mêmes étaient appelées «sonates»; en 1619, Praetorius en décrivit la forme et l'emploi. L'effet imposant de l'ensemble médiéval de trompettes se trouvait perpétué par ce genre musical. La fondamentale d'un accord unique se prolongeait durant tout le morceau, tandis que les rythmes devenaient de plus en plus rapides au cours de la sonate. Nous en avons un exemple avec la Sonate n° 336, extraite de la méthode de Bendinelli (disque, face A).
Il passait pour particulièrement fatigant de jouer dans le registre de clarino. C'est pourquoi on prévoyait, dans les sonates, des parties où les autres trompettistes continuaient de jouer, tandis que le clariniste se reposait. Pour le mariage du duc Louis, landgrave de Leuchtenberg (1567-1621), qui fut célébré en 1584, Bendinelli composa une sonate qui comporte du reste la première partie de clarino qui soit parvenue jusqu'à nous. Voici en quels termes le compositeur indiquait aux exécutants comment jouer cette partition :
Celui qui jouera la partie de clarino doit tenir en main un grand verre de vin et, toutes les fois qu'il cessera de jouer, en boire un peu, jusqu'à la fin de la sonate; alors les autres trompettistes boiront à leur tour, afin de souligner le texte du morceau.
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