Le son et Articulations

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Il s'agissait donc certainement d'une chanson à boire!
Contrairement à une opinion fort répandue aujourd'hui, le «clarino» était non pas un instrument, mais le registre aigu de la trompette naturelle, ou encore la voix supérieure de l'ensemble de trompettes. Johann Ernst Altenburg, le grand théoricien de la fin du baroque, a comparé la voix de «clarin» au soprano de la musique vocale et dit qu'elle était «une certaine mélodie qui se joue pour l'essentiel dans la quatrième octave (des partiels), donc haut et clair». Cette notion apparaît relativement tard. En 1561, nous entendons parler pour la première fois d'un «ClarinBlâser» à Annaberg, en Saxe. Une plainte rédigée en 1596 est particulièrement intéressante en ceci qu'elle souligne les difficultés de l'art du clarino; Hans G6seke, trompettiste de Wolfenbüttel, se plaint en effet qu'il est, depuis trois ans déjà, «ClarinTrompeter», ce qui, dit-il, est ce qu'il y a de plus difficile et de plus remarquable pour un trompettiste, sans avoir touché pour cela de dédommagement spécial. Du reste, les mots Clarin et Clarino sont des termes spécifiquement allemands, malgré leur consonance italienne. En Italie, on parlait d'une façon générale de la tromba, tout au plus de la trombetta; dans sa célèbre méthode de trompette de 1638, Girolamo Fantini appelle soprano la voix supérieure.
Bien que le mot «Clarin-Trompeter» n'apparaisse qu'en 1561 et que la première pièce datée écrite dans ce registre porte le millésime de 1584, nous savons néanmoins qu'une centaine d'années auparavant on jouait déjà dans le registre aigu. Simplement, la voix supérieure s'appelait, à l'époque, non pas «clarino», mais «clareta». En 1614 encore, Bendinelli parle de Claretto à propos du registre aigu, mais précise qu'il s'agit d'une trombetta antiqua, d'un instrument ancien. Entre 146o et 1512, le mot «clareta» se rencontre non seulement pour désigner un registre, mais souvent pour désigner aussi un instrument. Voici quelques exemples de son emploi: en 146o, la cour d'Innsbruck acheta à Munich «zwo Glareten Trometen». A la même cour, entre 1496 et 1510 il est question de plusieurs «Claretter». En 1474, la paroisse Sainte-Marie de Lübeck engage pour la première fois des «Klarytter». En 1504, le facteur de cuivres nurembergeois Jorg Stengel, dit Neuschel, fait savoir qu'il fabrique des «Trumeten, Clareten und Pusaun». En 1511, dans sa Musica getutscht, Virdung fait reproduire non seulement le «Thurner Horn» (cor de veilleur) déjà mentionné, mais également une «Clareta» étroite et une «Felttrumet» (trompette militaire) un peu plus massive.
Bien entendu, le terme Clareta ne prouve pas à lui seul que l'on jouait dans l'aigu, en dépit de l'indication (un peu tardive il est vrai) de Bendinelli. La véritable preuve du fait que les trompettistes jouaient dans l'aigu durant la seconde moitié du XVe siècle déjà nous vient d'Amberg, en Saxe. En s'y rendant, en 1474, pour assister au mariage du duc Philippe, les ducs de Saxe se firent accompagner de leurs trompettistes; ceux-ci jouèrent pour accompagner les danses et firent sensation à cause de leurs instruments «dont ils pouvaient tirer des sons très aigus».





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