Trompettistes
Retour à l'index la-trompette.comEn 1566—i 576, à Vienne, nous trouvons déjà, parmi les quinze joueurs de trompette qui y ont un poste, quatre «musikalische Trompeter». Cette expression correspond à la distinction que l'on fait parfois, en français, entre un «trompettiste» soliste oue d'orchestre et un «trompette» militaire. Elle prit plus d'importance encore aux XVIIe et XVIIIe siècles, quand l'instrument eut sa place attitrée dans la vie musicale. On entendait par là, à l'époque, un joueur de trompette ayant reçu un formation supérieure et pouvant, outre les simples sonneries, jouer divers morceaux sur le texte. Plus tard, les musikalische Trompeter furent également appelés Cammer-Trompeter ou Concert-Trompeter.
Les autres, ceux que nous appelons «trompettes», n'étaient appelés à jouer que les «sonneries».
Un troisième groupe était appelé Musicus und Trompeet ou Instrument(al)ist und Trompeter. Il s'agit là de trompettistes qui, outre leur instrument principal, en possédaient un autre. Au XVIe siècle, cet autre instrument pouvait être le cornet à bouquin ou le trombone; deux trompettistes illustres en sont des exemples: Alessandro Orologio (de Vienne, cornet à bouquin) et Bendinelli (trombone). Au XVIIIe siècle, on exigeait souvent le violon comme instrument secondaire.
Il va sans dire que le traitement était modeste pour les «trompettes», plus élevé pour les «trompettistes», et atteignait le maximum pour les trompettistes jouant d'un autre instrument.
Les trompettes militaires
Quand un trompette demandait à entrer au service d'une cour, il devait jurer de suivre son maître à la guerre le cas échéant. Par ses sonneries, il ordonnait les opérations.
De tout temps, la trompette avait été l'instrument de la cavalerie, et le tambour (ainsi que le fifre), celui de l'infanterie. En 1521 déjà, Machiavel recommandait (dans son Traité de l'art de la guerre, dédié à Laurent de Médicis) cette distinction. (Pour ce qui est de l'infanterie, il y aurait lieu de signaler également le cor militaire ou «Harsthorn», dont, plus tard, est issu le bugle.) Il semble que les sonneries militaires aient vu le jour en Italie; elles ne tardèrent pas à se généraliser en Europe. Clément Jannequin (env. 1480-1560) a fait paraître en 1545 une oeuvre curieuse intitulée La Bataille, qui décrit la bataille de Marignan (1515). La seconde partie de cette pièce contient les premières sonneries de trompettes dont le texte soit parvenu jusqu'à nous: Boutez selle et A l'estandart; elles sont insérées dans la composition vocale.
Le Kriegsbuch (Livre de la guerre) de Leonhardt Fronsperger (1566) contient une allusion précise à des
sonneries connues, dans un poème intitulé Der Feldt Trommeter (le trompette militaire). Le texte de ce poème figure sur l'illustration de la p. 52 (d'après la deuxième édition, Francfort-sur-le-Main, 1573)•
Pour son usage personnel, Magnus Thomsen, trompettiste allemand de la cour danoise, nota en 1598 six des principales sonneries. Il les appelle: I° Ingangk (= Eingang, entrée); 2° Pottesella (= Butta sella, montez en selle); 3° Monttacawalla (= A cavallo, à cheval); 4° Auged (= Aughetto, au guet); 5° Cawalke (= Cavalquet, marche) et 6° Alles dandare (= Allo stendardo, à l'étendard). En 1614, Bendinelli en ajoute quelques-unes: 7° il y a chez lui deux Mont'a cavallo: un alla francese et un all'ittaliana; 8° Chiamada per mettersi al ordine condro l'inimico (appel à prendre position contre l'ennemi); 9° Chiamada alla scarmuzza (appel à se battre); Io° La Rittirata (retraite) et II° il Batte la tenda o Baviglion (démonter les tentes). Des sonneries semblables ont été publiées par Fantini (1638) et Mersenne (Harmonie universelle, 1636/37).
Nous reproduisons ci-dessus le début de A Cavallo alla francese dans la notation de Thomsen et dans celle de Bendinelli.
Quelques particularités sautent aux yeux. Contrairement à la «sonata» improvisée à cinq voix par les corps de trompettes des cours, il s'agit ici de musique à une voix; quand plusieurs trompettes jouaient simultanément une sonnerie de ce genre, ils jouaient tous les mêmes notes. Les différences entre la version de Thomsen et celle de Bendinelli s'expliquent d'une part par la tradition orale, d'autre part par le fait que chaque trompette variait et ornait à sa façon les sonneries connues. Le rythme est noté librement, sans barres de mesure; c'était là un trait caractéristique de toutes les sonneries militaires jusqu'au jour où, entre 1803 et 1829, elles furent codifiées et re-rythmées en France` par David Buhl (né en 1781). Enfin, et c'est l'essentiel: comme toutes les autres, cette sonnerie n'utilise que le registre le plus grave de l'instrument; elle ne comporte que les partiels 2 et 3; d'autres montent jusqu'au 4e ou au 5e, mais plus haut jamais (sauf quelques éléments composés en sus par Fantini).
Si les sonneries militaires s'en tenaient au registre grave, c'est probablement pour que les soldats, qui n'étaient pas nécessairement musiciens, puissent les reconnaître. Nous croyons cependant qu'il y avait aussi à cela une autre raison, d'ordre historique. L'étendue des sonneries militaires en usage au XVIe siècle correspondant à la tessiture de la trompette vers I3oo, il est permis de voir dans ces sonneries une tradition ancienne, remontant peut-être au Moyen Age. En outre, la formule do—sol liée, qui revient constamment (elle est appelée drap, syllabe qui était effectivement prononcée en même temps que l'on soufflait dans l'instrument), est une forme très primitive de la communication au moyen d'instruments de musique.
Le poème de Fronsperger nous apprend que le trompette militaire était posté devant le capitaine, afin de pouvoir recevoir de lui les ordres à transmettre. En outre, les trompettes faisaient souvent office de porteurs de messages. On les envoyait, à cheval, dans les lignes ennemies, pour y faire parvenir des dépêches.
Cette fonction n'était pas sans danger; elle supposait une habileté consommée, et Fronsperger insiste pour que le trompette envoyé en ambassade sache «comment, où et quoi» dire, mais aussi «se taire comme il convient». D'après le droit de la guerre en vigueur à l'époque, on bandait généralement les yeux du trompette jusqu'à ce qu'il ait pu remettre sa dépêche entre les mains du commandant des troupes adverses (car il n'avait le droit de la remettre à nul autre), et, quand on lui permettait de s'approcher sans sauf-conduit des lignes ennemies, il jouissait de privilèges plus grands que ceux d'un ambassadeur. Pourtant, J. E. Altenburg conseille à tous les candidats à cette fonction
de se conduire sobrement, prudemment et avec modération, car on risque fort, sinon, d'être abattu.
Le plus dangereux était assurément d'inviter l'ennemi à capituler. En 1472, un trompette de Charles le Téméraire fut tué par une balle ennemie alors qu'il invitait les habitants de Nesle assiégée à se rendre. Pour venger cette violation inouïe du droit de la guerre, le duc imagina une vengeance cruelle: une fois la ville prise, il fit couper les mains sur-le-champ à une partie des prisonniers.
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