Les anciens facteurs et
leurs instruments
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Les anciens facteurs et
leurs instruments (jusqu'à i600)
Les trois trompettes les plus anciennes que nous possédions datent toutes du XVe siècle. Toutes trois sont des trompettes droites de longueur moyenne, allant de
8o à 15o cm. La plus ancienne porte l'inscription «S[I]ENA MIIIIVI» (1406) et est conservée au Williams College de Williamstown (Massachusetts, USA). Elle est en la. La suivante porte l'inscription «MACHT SEBASTIAN HAINLEIN "M*CDLX» (146o) et se trouve au Museum of Fine Arts de Boston. Plus courte, elle est en ré, donc une octave plus haut que la trompette baroque usuelle. Une troisième trompette de la même époque, également due à Hainlein, vient d'être découverte à Rome; jusqu'ici, cependant, il n'a pas été possible de l'examiner.
Sienne figure comme lieu de création sur la couronne d'une autre trompette, de 1523, conservée au Musikinstrumenten-Museum de Berlin. L'inscription est en effet: «VBALDO/MONTINI/IN • SIEENA/ 15.23». Malheureusement, seule cette couronne est d'origine. La trompette elle-même a été reconstituée au XIX' siècle, sans doute à partir de types d'instruments que l'on peut observer sur les tableaux de Fra Angelico (voir p. 76).
Les trompettes de Hainlein sont vraisemblablement authentiques, bien que le nom de cette famille de fac-teurs nurembergeois ne soit officiellement attesté que vers 1600. Sebastian Hainlein l'Ancien est mort en 1631; son fils, Sebastian le Jeune, né en 1594, est mort en 1655. Comment se fait-il que ce nom apparaisse au XVe siècle déjà? C'est là l'une des nombreuses énigmes de l'histoire de la trompette.
Les trompettes les plus anciennes que nous possédons et qui présentent la forme oblongue traditionnelle sont deux trompettes bâloises argentées et doréee faites par Jacob Steiger en 1578 (voir p. 77). Steiger était «Basler Stadttrompeter», fonction qui remonte à l'an 1384. Nous voyons p. 74 la radiographie de l'une des deux embouchures. L'une et l'autre sont si grosses que l'on ne peut jouer que dans le grave, autrement dit dans le registre des sonneries militaires. Souvent, l'embouchure nous renseigne mieux sur la façon d'utiliser un instrument que l'instrument lui-même; nous en avons un bon exemple ici: dès que nous remplaçons leur embouchure par une plus petite, de type baroque, ces trompettes se jouent aisément et commodément dans l'extrême aigu, et on en tire des sons sans bavures.
Le centre européen le plus connu de la production de cuivres, du début du XVI' siècle jusque près de la fin du XVIII', fut Nuremberg. Durant le XVI' siècle, deux familles, les Neuschel et les Schnitzer, fabriquaient des instruments de cuivre.
Le nom de Hans Neuschel, fondateur de cette dynastie de facteurs, figure sur des documents à partir de 1479; cette année-là, il fabriqua des coulisses destinées soit à des trompettes, soit à des trombones. Il mourut en 1503 ou 1504. Il était primitivement «forgeron sur cuivre», disent les textes de l'époque. Son fils, Hans le Jeune, est sans doute le membre le plus illustre de la famille; il mourut en 1533. L'empereur Maximilien I' l'engageait souvent; il le fit immortaliser, jouant du trombone, par Hans Burgkmaier; c'est dire qu'il figure parmi les personnages des gravures sur bois des environs de 1518 intitulées Le triomphe de Maximilien. Il porta personnellement à Rome, pour les présenter au pape Léon X, des trombones d'argent. Une rue de Nu
remberg porte son nom; c'est la Meuschelstrasse [sic!]. Nous ne possédons malheureusement pas de trom-pettes sorties de l'atelier des Neuschel; en revanche, le second trombone en date, parmi ceux dont la datation est certaine, a été fabriqué en 1557 par le demi-frère de Hans le Jeune, Jorg Stengel, et se trouve actuellement dans la Collection Clemencic (ex-Baines, ex-Galpin). Jorg Stengel, dit Neuschel, fabriqua égale-ment des «trompettes italiennes», type d'instrument dont nous aurons à reparler. Les Neuschel furent les fournisseurs de toutes les grandes cours d'Europe: Berlin, Dresde, Munich, Varsovie et Londres. Seul le duc Albert de Prusse attendit en vain une livraison: il avait passé commande d'instruments en 1541; ils ne furent jamais fabriqués: il était trop pingre pour payer plus de 6o florins une collection qui en valait zoo.
L'autre illustre famille nurembergeoise de facteurs du XVI' siècle, celle des Schnitzer, se composait de deux branches. L'une fabriquait des bois, l'autre des cuivres. Nous avons la chance de connaître quatre trompettes d'Anton Schnitzer, datées respectivement de 1581, 1585, 1598 et 1599. (Anton le` mourut en 1608, Anton II, né en 1564, devint maître en 1591; nous ignorons à quelle date il mourut.) Parmi ces quatre trompettes, les deux premières, qui sont de An-ton Ier, sont du plus haut intérêt. La plus ancienne appartient à la Sammlung alter Musikinstrumente de Vienne (voir p. 8o). C'est probablement la plus belle trompette jamais créée. Elle est à la fois argentée et dorée. Les parties dorées (bagues, pomme et couronne) sont ajourées de telle façon que l'on peut voir, par-dessous, le tube ou le pavillon argentés. Chaque millimètre carré de la surface argentée est couvert de gravures précieuses; le pavillon est orné de personnages allégoriques féminins jouant du luth, de la harpe, du cornet à bouquin et du trombone. Cette trompette est en mi bémol. Là encore, l'embouchure (qui est soudée au premier tube) est si grande, la perce étant de 8,3 mm, que l'on ne peut tirer de cet instrument que les notes les plus graves. La seconde trompette Schnitzer conservée, celle de 1585, fut offerte en 1614 par Cesare Bendinelli, «Obrister Trompeter» de la cour de Munich, à l'Accademia Filarmonica de Vérone. Elle a la forme d'un bretzel et porte, dans l'une des bouches latérales, les armes de la cour de Munich. Elle sonne un peu plus haut que le mi actuel; son embouchure est malheureusement perdue. Contrairement à ce que l'on entend parfois affirmer aujourd'hui, cette forme en bretzel n'a certainement rien à voir avec la technique du bouchage manuel (technique qui n'est apparue que vers la fin du XVIIIe siècle en rapport avec les partitions classiques). En réalité, ces deux instruments de Schnitzer sont manifestement des pièces d'apparat confectionnées en vue d'une utilisation bien précise. Toutes deux attestent, jusque dans le moindre détail, une maîtrise absolue de la technique de facture.
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