Les musiciens chuchotaient
Retour à l'index la-trompette.comTous les musiciens de l'orchestre chuchotaient derrière moi, chaque fois que je jouais. Je ne pouvais supporter ça (...) Je suis allé voir Fletcher et je lui ai dit : "Pourrais-tu me donner une bien gentille recommandation quand je retournerai à Kansas City ?" C'est alors que j'entrai dans l'orchestre d'Andy Kirk où je me suis payé du bon temps." (1).
Le 8 octobre 1936, Lester enregistra pour la première fois au sein du Jones-Smith Incorporated, quintette composé de musiciens de Basic, ce dernier étant au piano. Jones n'était autre que le batteur, Jo Joncs, et Smith le trompettiste, Cari Smith ; Walter Page était à la contrebasse. Oh, Lady Be (?ood, théine de (irorp,e Gershwin, est une des plus belles réussites de la séance ; il concentre toutes les vertus des formules t'Ilotes à Basie. I,e solo de Lester est empreint
d'une douce luminosité et celui de Cati Smith, qu'on entendit bien rarement en solo, ne manque pas d'élégance.
Don Heckman comparant le style d'Ornette Coleman, un de ceux qui révolutionna le jazz dans les années soixante, à celui de Lester Young, établit un parallèle qui ne manque pas d'audace : "Lester Young est le prédécesseur le plus immédiat d'Ornette Coleman. Le peu de cas que Young fait des restrictions imposées par les barres de mesure, sa tendance à ne point tenir compte des restrictions de la cadence, malgré une utilisation prolifique de mélodies harmoniques, enfin ses rythmes souples, dans le style du "Middle West", tout cela se retrouve largement importé dans la musique d'Ornette Coleman (...) Young et Coleman sont tous deux d'ailleurs des mélodistes extraordinaires chez qui la conception de l'improvisation se rapproche davan
A posteriori, on mesure Eimpor, tance que pouvaient revêtir aux yeux de Lester ces séances en petit comité, "Donnez-moi une rythmique, dit-il peu de temps avant sa mort, et c'est tout. Moi et eux, ça fait quatre, comme les Mills Brothers. ("est comme ça que je suis détendu. je n'aime pas tout ce bruit, en aucune façon, je cherche toujours quelque chose de doux en ce moment." ( )
LITTLE JAll
Le saxophoniste Lenny Popkin sut expliquer avec une grande pertinence l'importance de la musique de Roy Eldridge dans le jazz : "Son surnom est "Little Jazz", il est de ceux qui expriment le mieux l'essence du jazz, comme musicien (chanteur ou trompettiste) et comme être humain (...) On a dit qu'il a été le lien entre Louis et Dizzy : c'est faux. Dizzy a un moment voulu jouer comme Roy et il n'y est pas arrivé (...) Roy a montré le chemin et personne n'est allé plus loin. Ecoutez le jeune Roy chez Fletcher Henderson, puis à la tête de ses propres groupes. Il peut aussi bien jouer dans les registres extrêmes, avec une sonorité magnifique, une facilité extraordinaire, sur n'importe quel tempo et accomplir de véritables exploits (tel son After You've Gone, avec Gene Krupa)." (3)
Louis Armstrong exerça très longtemps son règne sur le monde de la trompette et engendra une foule d'imitateurs, de disciples plus ou moins convaincants. Certains surent s'écarter sensiblement de leur modèle (dont Henry Red Allen et Bunny
Parmi cet% llltl parviment a deve lopper leur propre langage, mente s'il n'était pas vraiment distinct de celui (PArlIktr011et, sans pito de tous ceux qui gravitaient nutum de la planète Bis Ilviderbecke toutefois peu distante de celle de Louis , il convient d'insister particulièrement sur Joe Smith, Bubher Miley et Jahho Smith, pratiquement de la génération d'Armstrong„ autant de musiciens qui, même s'ils n'exercèrent pas une grande influence, creusèrent quelque peu l'écart avec le maître.
Pour parvenir à secouer le joug, il fallait probablement trouver une autre voie et peut être sortir du domaine de la trompette proprement dit. (''est peut-être là le secret de Roy Eldridge ; "Quand j'ai débuté, ma première idole était Rex Stewart. A part lui, comme mon frère était saxophoniste, j'aimais les saxophones et les clarinettes. Quand je me suis mis à jouer vite, aucun trompettiste — sauf Rex - ne le faisait. Peut-être Jabbo Smith ou Bobhy Stark... Mais je n'ai jamais joué ainsi pour sonner "différent". Pour moi, c'était un moyen de jouer
comme un clarinettiste ou un saxophoniste". (4)
Roy eut en effet pour premières idoles Rex Stewart et Red Nichols, qui le rapprochait, on l'a compris, de la lignée blanche heiderbeckienne. Comme tout un chacun, il reçut le choc Armstrong. Il connut lui aussi le passage obligé au sein de grandes formations, notamment chez Horace lenderson en 1928, chez Teddy Hill, Charlie Johnson, etc.
Ses premiers disques furent gravés en janvier 1937, entouré d'une petite formation dont une des pièces maîtresse était son frère, le saxophoniste Joe Eldridge. Elle ne comptait que huit musiciens, dont trois saxophonistes, et disposait de l'assise d'une belle section rythmique (le guitariste John ('ollins, le bassiste Truck Parham et le batteur Zutty Singleton). Wabash Stemp, dont Roy est l'auteur, est une petite merveille. Il bénéficie d'un arrangement particulièrement efficace de Joe Eldridge, qui sut tirer le meilleur parti de l'apport de la section de saxophones.
Quelques jours plus tard, la même équipe se retrouva en studio et le sommet de cette séance fut After You've (;one. qui avait pourtant été associé à Louis Armstrong, et dont Roy fit son grand cheval de bataille, en enregistrant d'ailleurs plusieurs versions. "Il y a eu récemment, rappelait Lenny l'opkin en 1982, un hommage à Roy Eldridge à New York et, pour la circonstance, certains de ses solos ont été transcrits, dont Aller You' (ione, que personne n'a été foutu de jouet''. (3)
A la fin des années 1930, le message de Roy fut largement entendu, au point que ce fut à son tour d'être pillé : "Tous ces gens qui jouaient comme moi Dix, Charlie Shavers, Joe Ouy,
Huma Warwick. On m'entendait jouer A la radio sept jours par semaine et à l'époque, quand tous les orchestres voyageaient une ville par jour — ils avaient des bus qui avaient tous la radio. Comme je commençais au moment où ils avaient fini de jouer pour la danse, ils pouvaient tous écouter mon programme". (4)
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