duo Tromette et piano

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PIANISSIME
Entre Teddy Wilson et Fats Waller, la trajectoire stylistique du piano jazz n'est pas facile à suivre. Au "stride épanoui" de Fats, selon la formule de Jaques Rédu, répond le stride éclaté

de Earl !linos, dégageant un espace que Teddy Wilson et Art Tatum vont s'employer, chacun à sa manière, à investir. Le premier va arrondir les angles, s'efforçant de dégager des lignes tic fuite plus pures, un phrasé toujours plus fluide, le second va chercher à en effacer les contours comme s'il devait en épuiser les ressources, à toute vitesse et à jamais.
Fats et Earl ne se tenaient plus à la pointe du combat. Earl évoluait tranquillement à la tête de son grand orchestre, laissant à ses hommes la liberté de conclure, mais n'oubliant jamais que dans son seul piano résidait l'énergie fondamentale, celle qui pourrait ensuite se démultiplier à partir (le ces concertos dont il se réservait le secret (Pianology, du 10 février 1937 par exemple).
La démesure de Fats Waller était devenue pour lui une sorte de norme rigolarde à l'usage du grand public. A partir de 1935, sa carrière avait connu un tournant décisif. Cette année-là, il enregistra quatre-vingt quinze faces, travailla comme un forcené, multipliant les engagements dans les clubs et les émissions de radio et parcourant tout le pays.
L'année 1936 fila à la même allure et, à l'avènement de la Swing Era, Fats disposait d'excellents atouts pour faire concurrence aux grands orchestres.
Son train de vie était au diapason. Il roulait dans une splendide "Lincoln", qui lui avait coûté la modique somme de sept mille dollars et ce monument sur roues ne manquait pas de susciter la jalousie : "Quand on lui amochait son beau cabriolet Lincoln, écrivit Mezz Mezzrow, Fats obligeait son agent à retenir pour lui tout seul un compartiment pullman, faute de quoi, la tournée ne continuerait pas", 141)

Et puis, son véritable luxe, c'était le Rhythm, son petit orchestre qui avait trouvé son régime de croisière et un équipage ad hoc : Herman Autrey à la trompette, Gene Sedric au saxophone ténor et à la clarinette, Al Casey à la guitare, Charles Turner à la basse et Stick Jones à la batterie.
"Ce n'est pas par hasard, écrivit Michel Laverdure, que Herman Autrey a connu sa plus grande période de gloire au côté de Fats Waller. En effet, leurs démarches présentent des similitudes évidentes. Comme Fats, Herman sait à la fois être tendre et musclé. Après s'être contenté de paraphraser la mélodie, il se déchaîne dans le dernier chorus d'ensemble, répétant avec force une ou deux notes qui ont le don de stimuler et de mettre en valeur le background du pianiste". (5)
La trajectoire de Gene Sedric ne se résume pas aussi facilement à son passage chez Fats. Il joua au tout début de sa carrière sur les riverboats du Mississippi, notamment chez Fate Marable. En 1924, il fut engagé par Sam Wooding, chez qui il resta une dizaine d'années. "Son lyrisme électrisant, jamais marqué, souvent empreint d'humour, n'a guère d'équivalent. La sinuosité du clarinettiste passe souvent dans son jeu de ténor et son dynamisme communicatif est assez comparable à celui de Chu Berry". (6)
En d'autres termes, son style s'était forgé à une époque où le champ d'investigation des saxophonistes était encore ouvert, la période préhawkinsienne, si l'on préfère ; celle où les précurseurs pouvaient définir une approche personnelle de l'instrument sans avoir à tenir compte d'un modèle quel qu'il fût.
Avec le guitariste Al Casey, Fats s'était assuré les services d'un musicien

complet, excellant à la fois dom k Jiu en accords et les contre-chants incisifs. Quant au batteur Stick Jones, lit plénitude de son jeu aux balais, la pertinence de sa ponctuation, notamment son usage de la charleston, fournissaient à l'ensemble le support élastique idéal.





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