Téssiture trompette
Retour à l'index la-trompette.comLES BOBCATS EN MARCHE
March of the Bobcats, enregistré pour Decca le 14 mars 1938, fut cosigné par huit des musiciens de l'orchestre. L'ancêtre de cette oeuvre à têtes multiples n'est autre que Tannenbaum, vieille mélodie populaire allemande, convertie en cantique de Noël par les Américains. "En 1861, quand les Sudistes attaquèrent Baltimore, un jeune homme du Maryland, nommé Ryder Randall, salua leur action d'un poème farouche qui commençait ainsi : "Mère chérie ! brise les chaînes des tyrans, Maryland, mon Maryland !". De retour à Baltimore, Jenny et Hetty Cary, deux beautés réputées, lors d'une soirée musicale donnée pour un groupe de sympathisants du Sud, chantèrent les paroles du texte sur l'air de Tannenbaum. (En fait, elles ne connaissaient pas Tannenbaum, mais une chanson de collège qui en était dérivée, Lauriger Horatius). Maryland devint un air en vogue chez les Confé-dérés, et, plus tard, une marche classique des fanfares de la Nouvelle-Orléans". (2)
Lorsqu'en 1938 l'équipe Crosby proposa de s'attaquer à Maryland, My Maryland, le directeur de Decca présent dans le studio cria aussitôt au sacrilège. A peine le digne homme avait-il tourné les talons que nos effrontés jazzmen apportèrent quelques modifications à la mélodie et lui trouvèrent un titre inédit. Ce fut un beau tremplin pour le dixieland collectif de la bande des iconoclastes.
LA EA('E ('A('HEE
Lorsque Artie Shaw grava Begin the Beguine, le 24 juillet 1938, il estima que c'était le morceau qui occupait l'autre face du disque, hilai, Lope ('ail, qui allait décrocher la timbale. Il fut donc le premier étonné du succès rencontré par le premier de ces titres.
Begin the Beguine partage avec Just One of nese Things et Night and Pay, l'honneur d'être une des chan-sons de Cole Porter jugées à tort invendables. "Tout a commencé dans une chambre d'hôtel de Boston, se souvint Hank Freeman, saxophoniste de Shaw. Nous jouions au RoselandState Ballroom, à deux pas de là. Artie et Jerry Gray discutaient de cette mélodie de Cole Porter qui n'avait jamais marché : Begin the Beguine. Cima Peterson dit qu'il fallait y ajouter un truc rythmique. Artie et Jerry conçurent une introduction dynamique, qui, à sa manière, constituait une innovation. A l'époque, les intros n'étaient que des intros, elles ne servaient pas à propulser un morceau. Et l'intro, vous le savez, a fait vendre le morceau".
En quelques semaines, il se vendit comme des petits pains et on n'entendait plus que lui à la radio. C'est ainsi que Shaw conquît la célébrité.
SUR ORBITE
L'époque était décidément propice aux tubes immortels, puisque, peu de temps après, Glenn Miller sortit In the Mood. Si Benny Goodman inaugura symboliquement l'Ere Swing ce fut Glenn Miller qui la clôtura, même si le Swing ne mourut pas avec Miller lorsque son avion disparut à jamais, entre la France et l'Angleterre, le 15 décembre 1944. 1,e jatt avait déjà payé un lourd tribut a la guerre, et, même Si peu de musiciens y connurent une fin tragique, de Mena un Mi-
table coup d'arrêt pour un certain jazz. L'affaire allait s'achever dans le Pacifique, mais, entre-temps, le monde avait changé et les grands orchestres, symptômes de l'état de la trésorerie du jazz, avaient déjà pris un sérieux coup clans l'aile. Quant à la musique elle-même, elle allait quitter le devant de la scène, se repliant sur les petits clubs et s'attachant à édifier un nouveau langage.
Si le bebop, tel était le nom donné à la nouvelle musique, n'allait évidemment pas sonner le glas du jazz, pour beaucoup d'aficionados il marqua un point de non retour ; pour le grand public il signifiait une autre forme de divorce. C'en serait bientôt fini des foules qui allaient danser au son du Swing. Le jazz allait lentement s'isoler, et les auditeurs, peu soucieux de suivre le déroulement des nouvelles opérations, se tourneraient vers les fantômes d'antan, spectres bien réels d'ailleurs, puisque le Glenn Miller Orchestra continuait sur sa lancée, mais sans son chef. Orchestre "fantôme", comme on l'a dit parfois.
L'ascension de Glenn Miller ne fut pas vertigineuse, d'autant qu'il n'avait rien d'un showman. Il ne s'imposa pas d'emblée à la tête de son ensemble mais commença, plus modestement, à
travailler pour les autrem, Lui aussi naquit dans une famille pauvre, et c'est un bouclier, pour qui il taisait le coursier, qui lui offrit son premier trombone.
Il joua d'abord dans l'orchestre de son école, puis dans celui de son collège. A Chicago, il se trouva associé à des vedettes locales, notamment Bix Beiderbecke. Ben Pollack l'engagea en 1925 dans son ensemble. L'entourage nous est familier puisqu'on y retrouve Bud Freeman, Benny Goodman, Jack Teagarden, Harry James, etc.
Glenn se contentait de jouer du trombone et n'avait pas à rougir d'être comparé aux meilleurs spécialistes de l'instrument, Noirs ou Blancs. Toutefois, il ne se considérait pas à leur hauteur : "Je crois qu'il aurait tout donné, dit Bobby Hackett, pour jouer comme Jack Teagarden ou Tommy Dorsey". (3)
Il arrivait à Miller de diriger un orchestre, mais sa première grande expérience remonte à 1935, lorsqu'il fut chargé par Ray Noble, chef d'orchestre anglais dont les disques se vendaient comme des hamburgers aux Etats-Unis, de monter pour lui un ensemble.
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