La trompette
Retour à l'index la-trompette.comJUMP, BASIE JUMP !
"En studio, quand nous devions enregistrer, dit Earl Warren, évoquant les séances de cette seconde moitié des années 1930, il n'y avait souvent aucun arrangement. Cela se passait un peu comme une "jam session", chacun devant "accrocher" un riff qui puisse coller derrière le soliste ou le chanteur. ("est ce qui s'est passé pour des mor-ceaux comme Jumpin' at the Wood-séde, Tub, Blues in the Dark et Doggin' Around." (4)
Count Basic signa Jumpin' at the Woodxide. Cette interprétation est sou-vent citée comme exemple du travail du saxophoniste Lester Young sur les sonorités ; répétant plusieurs fois la mime note au début de son solo, il utilise alternativement un doigté orthodoxe et un doigté factice afin de varier légèrement la sonorité. ('e thème demeura un classique du répertoire dr Basie et connut plusieurs versions ; la première date du 2. août 19 tN,
JAll 1W CHAMBRE
Une des formations les plus représentatives de ce que le jazz pouvait broder de plus délicat et de moins spectaculaire fut celle de John Kirby. Elle n'entendait évidemment pas concurrencer les bruyants big bands et tenait ses assises dans des lieux plus propices à la rêverie distinguée que les grands dancings, notamment dans la salle baptisée le "Pump Room" d'un hôtel luxueux de Chicago, l'Ambassador. "Ses vastes murs et ses miroirs étaient d'un bleu profond. Ses boxes et ses banquettes étaient capitonnés de cuir blanc. L'éclairage était assuré par des appliques de cristal et des chandeliers représentant des garçons de café noirs, costumés d'après des gravures du XVIIIe siècle, avec des turbans à plumes en satin blanc et des vestes de satin émeraude. Des serveurs en veste écarlate et en hauts-de-chausses servaient des viandes à la broche et des crêpes suzette."(5)
Le responsable du lieu, un certain Byfield, avait commencé par engager "un petit orchestre de rumba mais il avait senti que ça ne donnait pas la vraie mesure de l'élégance du Pump Room. La musique de Kirby paraissait plus appropriée, et les musiciens allèrent très bien dans le tableau une fois que Byfield les eut vêtus de costumes de soirée entièrement blancs. Kirby eut vite fait de donner au sextuor une dimension sonore en accord avec la dignité des dîneurs du lieu."(5).
Plus prosaïquement, le saxophoniste Budd Johnson conclut : "Un des atouts essentiels qui a contribué à faire tant aimer cet orchestre : les gens pouvaient manger et continuer à converser pendant qu'il jouait." (5).
Que l'on n'aille pas pour autant imaginer que la qualité (le la musique en souffrît. Alain Tercinet rappela fort opportunément que l'ensemble de Kirby l'ut un des grands précurseurs du jazz "cool", qui s'épanouit vers la l'indes années 1940 ! Avec les cinq hommes qui composaient son petit orchestre, Kirby mit au point un sound des plus raffinés, reposant sur des arrangements des plus sophistiqués (souvent dus à la plume de son trompettiste Charlie Shavers) ; "le plus grand des petits orchestres du pays" reposait sur une communion d'esprit exceptionnelle entre ses musiciens. "Le secret de l'orchestre de Kirby, je crois, était que nous étions très unis", dit le saxophoniste Rusell Procope. "En ce sens, nous vivions ensemble, pensions ensemble, travaillions ensemble. Pour la plupart des arrangements, après avoir décidé ce que nous allions faire, nous le faisions... Nous ne répétions pas beaucoup : on lisait les arrangements, on les jouait et le phrasé venait tout naturellement. On s'écoutait l'un l'autre et on savait ins-tinctivement, sans avoir besoin de le noter, à quels endroits il fallait respirer. De même pour les nuances, qui n'étaient pas répétées."
CLASSIQUE AU POING
Il est vrai que le personnel de la formation changea fort peu, du moins au début, et que chacun de ses membres pouvait s'enorgueillir d'une expérience du jazz et d'un pedigree relati-vement impressionnant. John Kirby est un des musiciens qui permit l'avènement de la contrebasse moderne. Ex-tubiste, il avait, comme beaucoup d'autres, adopté cet instniment qui offrait davantage de possibilités d'expression musicale. Il s'était illustré auparavant chez Fletcher I lender son et Chick Webb, La rythmique d 'llenderson qui comptait, outre kirby, Bernard Addison à la guitare et Walter Johnson à la batterie eut certai-nement dans le développement du jazz une importance aussi déterminante que celle de Count Basie.
Buster Bailey, le clarinettiste de Kirby, était également issu du grand orchestre de Fletcher Henderson et appartenait à ce qu'on pourrait appeler "la seconde génération" des clarinettistes, venue immédiatement après celle de Sidney Bechet, Johnny Dodds et Jimmie Noone, à mi-chemin, disons, entre celle de Benny Goodman et d'Artie Shaw et celle des grands ancêtres.
Le saxophoniste Russell Procope, qui était lui aussi clarinettiste, avait égale-ment fait un long séjour chez Fletcher Henderson et devint plus tard un pilier du big band de Duke Ellington. Son style participe à la fois de celui de Benny Carter et de Johnny Hodges, inévitables repères pour quelqu'un qui jouait du saxophone alto.
Billy Kyle, le pianiste, avait forgé son style à l'écoute d'Earl Hines mais avait su s'éloigner de son grand modèle, au point que Dizzy Gillespie estime qu'il aurait influencé Bud Powell, le grand maître du piano bebop.
Le batteur O'Neil Spencer est sur-tout connu grâce à son association avec Kirby. Il était un excellent spécialiste des balais et son accompagne-ment faisait montre d'une très grande finesse. Malheureusement, sa santé fragile l'éloigna trop rapidement de la scène ; on peut même juger que sa santé mentale pouvait prêter à commentaire. Peu de temps avant de quitter Kirby, Spencer passait le plus clair de son temps à tricoter ...
Quant au trompettiste Charlie Shavers, il savait pratiquement tout faire (mais pas tricoter). Grand virtuose, il pouvait imiter hien des trompettistes. Il abusa parfois d'effets jugés faciles, voire de traits d'humour un peu épais ; détliN le contexte du groupe de Kirby, il
donna le meilleur de lui même et fut probablement le soliste le plus déterminant de l'ensemble. Il savait être Ir serviteur admirable d'arrangements d'une grande subtilité, dont il était l'auteur.
JOHN KIRBY
Kirby expliqua : "Je pense qu'un groupe de jazz peut jouer des pièces symphoniques de telle sorte que les amateurs de musique classique ne poussent pas des hurlements. Avec une formation comme la nôtre, on peut traiter avec goût toutes les pièces classiques, tandis qu'avec un grand orchestre de jazz, il serait difficile d'éviter un traitement swing stéréotypé des classiques."
Mais certaines oeuvres signées par des membres de l'orchestre, telles que Rehearsin' from a Nervous Break-down, de la plume de Kirby, et From A Flat to C, composé par Billy Kyle, tous deux enregistrés le 28 octobre 1938, sont d'authentiques chefs d'oeuvre. Shavers signa seul l'arrangement du premier et en collaboration avec Kyle celui du second. Les solistes s'en donnent à coeur joie, signalons toutefois que les solos du pianiste sont parmi les plus remarquables qu'il enregistra. Undecided, sur un arrangement de Charlie Shavers, est un autre petit monument de délicatesse.
nier, le 12 avril 1919 , ln tlilTdrence n'est pas si grande. Si Tettfor No est bien l'oeuvre d'un compositeur de Broadway, il sert également à Tatum de prétexte pour aligner ses arpèges et ses traits virtuoses.
On peut alors poser (le manière plus générale le problème du répertoire du jazz — en partant des thèmes directe-ment empruntés au répertoire de Broadway, dont les auteurs avaient toujours su prêter l'oreille aux grands compositeurs classiques, ou de ceux du répertoire proprement classique. Il existe certes des différences réelles entres les deux domaines ; toutefois, le meilleur des cas, le jazzman, l'improvisateur au sens large du terme (car chez Tatum l'improvisation revêt un caractère bien particulier), utilise ces thèmes comme support, prétexte à son génie pour imposer sa vision. En effet, chez Tatum, la part d'improvisation proprement dite n'est pas déterminante, disons qu'il pousse l'art de la variation dans ses ultimes retranchements. Selon Lennie Tristano, il faudrait le considérer comme une sorte d'arrangeur, réharmonisant les thèmes avec brio, plutôt que comme un soliste de jazz, comparable à Earl Hines par exemple.
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